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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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dans cet art. Je le gronde, je le tourmente; jespère que nous le ferons changer;ce seroit la première porte quil nous auroit refusé douvrir. Je suis moinslâchée quil aime un peu à dormir, sachant bien quil ne manquera jamaisà ce qui touche sa gloire; que je ne le suis de ce quil aime à jouer. Je luifais entrevoir que cest sa ruine : sil joue peu, il perdra peu; mais cest une pe-tite pluie qui mouille; sil joue mal, il sera trompé : il faudra payer; et, sil napoint dargent, ou il manquera de parole, ou il prendra sur son nécessaire.

On est malheureux aussi parce quon est ignorant ; car, même sans êtretrompé, il arrive quon perd toujours. Enfin, ma fille, ce seroit une très-mauvaise chose, et pour lui, et pour vous, qui en sentiriez le contre-coup.Le marquis seroit donc bien heureux daimer à lire, comme Pauline, qui estravie de savoir et de connoître. ta jolie, lheureuse disposition! on est au-dessus de lennui et de loisiveté, deux vilaines bêtes. Les romans sont bien-tôt lus : je voudrois que Pauline eût quelque ordre dans le choix des his-toires, quelle commençât par un bout et quelle finît par lautre, pour luidonner une teinture légère, mais générale, de toutes choses. Ne lui dites-vous rien de la géographie? Nous reprendrons une autre fois cette conversa-tion. Davila 1 est admirable; mais on laime mieux quand on connoît un peuce qui conduit à ce temps-, comme Louis XII, François I er , et dautres. Mafille, cest à vous à gouverner et à rectifier; cest votre devoir, vous le savez.Pour le reste, je me doutois bien que dans très-peu de temps vous la rendrieztrès-aimable et très-jolie; de lesprit, et une grande envie de vous plaire : ilnen faut pas davantage.

A LA MÊME

Aux Rochers, dimanche 8 janvier 1690.

Cest entre vos mains, ma chère belle, que mes lettres deviennent de lor :quand elles sortent des miennes, je les trouve si grosses et si pleines de pa-roles, que je dis : Ma fille naura pas le temps de lire tout cela ; mais vous neme rassurez que trop, et je ne pense pas que je doive croire en consciencetout ce que vous men dites. Enfin, prenez-y garde ; de telles louanges et detelles approbations sont dangereuses; je ne vous cacherai pas, au moins,que je les aime mieux que celles de tout le reste du monde. Mais raccommo-

1 Auteur d'une histoire des guerres civiles de France, qui contient tout ce qui sest passé dumémorable depuis la mort de Henri II, en '1559, jusquà la pais de Venins, en 1598.