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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÈVIGNÉ

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dire pourquoi? Un pauvre homme, accoutumé à cette douceur, demeure-t-ilà sec sans quon lui dise un mot?

A LA MÊME

Aux Rochers, mercredi 11 janvier 1690.

Quelles étrennes, bon Dieu ! quels souhaits! en fut-il jamais déplus propresà me charmer, moi qui en commis les tons, et qui vois le cœur dont ils partent!Je men vais vous dire un sentiment que je trouve en moi ; sil pouvoit payerle vôtre, jen serois fort aise, car je nai pas dautre monnoie : au lieu de cescraintes si aimables que vous donnent toutes ces morts qui volent sans cesseautour de vous, et qui vous font penser à dautres, je vous présente la véri-table consolation et même la joie que me donne souvent lavance dannéesque jai sur vous : vous savez que je ne suis pas insensible à la tristesse deces états, mais je le suis encore moins à la pensée que les premiers vontdevant, et que vraisemblablement et naturellement je garderai mon rang avecma chère fille ; je ne puis vous représenter la véritable douceur de cette con-fiance. Que nai-je point souffert aussi dans les temps votre mauvaisesanté me faisoit craindre un dérangement! Ce temps a été rigoureux : ah!nen parlons point, ne parlons point de cela : vous vous portez bien, Dieumerci ; toutes choses ont repris leur place naturelle ; Dieu vous conserve !Je pense que vous entendez mon ton aussi, et que vous me connoissez.

Je viens à M. le chevalier : je nai point de peine à croire que le climat deProvence lui soit meilleur lhiver que celui de Paris. Tous ceux qui, commedes hirondelles, sen vont chercher votre soleil, en sont de bons témoins.Mais en me réjouissant de ce quil sent cette différence, je mafflige quil aitperdu mille écus de rente ; et par? et comment? son régiment lui valoit-ilcela? il le vendra donc au marquis? Mais largent quil en recevra, en luipayant des dettes ne diminuera-t-il pas aussi des intérêts? Faites-moi cecalcul, qui minquiète : je ne saurois me représenter M. le chevalier de Gri-gnan à Paris, sans son petit équipage, si honnête, si bien troussé ; je ne leverrai point à pied, ni mendier des places pour Versailles ; cela ne peut pointentrer dans ma tête : cet article est interloqué. Ah ! que ce mot de chicaneest joliment placé! Je ne men tiens pas non plus à vos soixante-quatre per-sonnes sans les gardes : vous me trompez : ce nest pas votre dernier mot;il me faut une démonstration de mathématiques.

Pour Pauline, je crois que vous ne balancez pas entre le parti den faire

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