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Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
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LETTRES DE MADAME DE SÉVIGNÉ

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Et, prenant Corbinelli par le bras, il senfuit au bout de la chambre; puis,revenant et courant comme un forcené, il ne voulut jamais se rapprocher dupère, sen alla rejoindre la compagnie, qui étoit demeurée dans la sallelon mange : ici finit lhistoire, le rideau tombe. Corbinelli me promet lereste dans une conversation ; mais moi qui suis persuadée que vous trouverezcette scène aussi plaisante que je lai trouvée, je vous lécris, et je crois quesi vous la lisez avec vos bons tons, vous en serez assez contente. Ma fille, jevous gronde dêtre un seul moment en peine de moi, quand vous ne recevezpas mes lettres : vous oubliez les manières de la poste, il faut sy accoutu-mer; et, quand je serois malade, ce que je ne suis point du tout, je ne vousen écrirois pas moins quelques lignes, ou mon (ils ou quelquun, enfin vousauriez de mes nouvelles ; mais nous nen sommes pas.

On me mande que plusieurs duchesses et grandes dames ont été enragées,étant à Versailles, de nêtre pas du souper du jour des Rois : voilà ce quisappelle des afflictions. Vous savez mieux que moi les autres nouvelles.

Je trouve Pauline bien suffisante de savoir les échecs; si elle savoit com-bien ce jeu est au-dessus de ma portée, je craindrais son mépris. Ah! oui,je men souviens, je noublierai jamais ce voyage; hélas! est-il possible quily ait vingt et un ans? Je ne le comprends pas; il me semble que ce fut lan-née passée, mais je juge par le peu que ma duré ce temps ce que me paraî-tront les années qui viendront encore.

A M. DE COULANGES

Lnmbesc, le 1 er décembre 1690.

en sommes-nous, mon aimable cousin? Il y a environ mdle ans que jenai reçu de vos lettres. Jevous ai écrit la dernière fois des Rochers par madamede Chaulnes ; depuis cela, pas un seul mot de vous. Il faut donc recommencersur nouveaux frais, présentement que je suis dans votre voisinage; que dites-vous de mon courage? Il nest rien tel que den avoir. Après avoir été seizemois en Rretagne avec mon fils, jai trouvé que je devois aussi une visite à niafille, sachant quelle nalloit point cet hiver à Paris; et jai été si parfaite-ment bien reçue et delle et de M. de Grignan, que si jai eu quelque fati-gue, je lai entièrement oubliée, et je nai senti que la joie et le plaisir deme trouver avec eux. Ce trajet na point été désapprouvé de madame de