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LETTRES DE MADAME DE SEVIGNE
Mais ce que j’admire de vous autres, mesdames, si versées dans l’histoire, etsi instruites des bonnes maisons de France, c’est que vous ne sachiez pas que lamaison de Douilly est séparée en deux branches ; que l’une a produit la jeunemarquise de Sairite-llérem, et l’autre la femme que M. de P... vient d’épouser ;en sorte que ce sont deux cousines germaines, qui se sont mariées presque enmême temps. L’une, toute resplendissante d’une Frémont 1 * pour mère, qui luidonne une maréchale de Forges pour cousine germaine, et des duchesses deSaint-Simon et de Lauzun pour nièces à la mode de fîretagne; l’une, dis-je, estentrée dans lamaison de Montmorin; et l’autre, avec moins d’ambition, quoiquefille d’une mère 3 * 5 remariée à .M. de l’Hôpital, s’est contentée d’entrer dans lamaison de Ber...; et voilà par ce moyen l’énigme développée, pour l’explica-tion de laquelle vous avez recouru à moi.
Nous avons encore deux mois à être ici; ils passeront bien vite. Dès que jeserai à Paris, je me remettrai dans le commerce ; et aussitôt je vous donneraila continuation des tomes précédents. Je voudrois bien que vous y pussieztrouver le mariage de mademoiselle de Bagnols avecM. de Poissi; mais c’estun enfant si difficile à baptiser, que je n’ose en espérer la conclusion, quoi-qu’on m’ait mandé que l’affaire étoit en bon chemin.
Mille compliments, je vous supplie, et mille respects à tous les habitants duroyal château où vous êtes. Madame de Simiane est la maîtresse de ne point fairede réponse à mes lettres; mais j’aurois souhaité au moins pouvoir dire quel-que chose de sa part à la duchesse de Yilleroi, qui lui avoit si joliment écritdans ma lettre, et qui m’en demande des nouvelles tous les jours.
MADAME DE SÉVIGNÉ A M. DE COULANGES 3
A Grignan, le 29 mars ICtMi.
Toutes choses cessantes, je pleure et je jette les hauts cris de la mort deBlanchefort, cet aimable garçon, tout parfait, qu’on donnoit pour exemple àtous nos jeunes gens. Une réputation toute faite, une valeur reconnue et dignede son nom, une humeur admirable pour lui (car la mauvaise humeur tour-
1 M. de Frémont était l'un des plus riches financiers de ce temps, et. cependant il mourut
insolvable.
* Marie Métayer, veuve du receveur général des linances de Poitiers, épousa en secondes
noces François de l’Hôpital, dit le marquis de l'Hôpital.
5 On croit que cette lettre est la dernière qu’ait écrite madame de Sévigné. Elle mourut le17 avril.