VIE DE LA FONTAINE.
iv
illustre, c'est k mon avis dérober un plaisir véritable au#Leéfeùrs curieux, & les priver des moyens les plus sursde bien démêler ce qu’il vaut.
C’est pourquoi j’ai tâché, en rejettant toutes anecdotesvulgaires, de recueillir la plûpart des choses que j'aïtrouvées éparses en différentes sources , & qui m’ont parules plus propres & peindre l’esprit & le caractère de cegrand Homme, dont la vie se rencontre par-tout sansêtre nulle-part (* ).
Jean de La Fontaine naquit le 8 Juillet 1C21, àChateâu-Thierry, ville de la Brie située fur la Marne.Son pere, issu d’une ancienne famille bourgeoise, y exer-çoit la charge de Maître particulier des Eaux & Forêts ; 1& sa niere, Françoise Pidoux, étoit fille du Bailli deCoulommiers, petite ville à 13 lieues de Paris.
Son éducation ne fut ni brillante ni secondée des foins& de l’habileté qui font naître les talens. Mais la naturepréserva la force des siens de 1 ’affoibliffement, & peut-être de l’extinction , où ils auroient pu tomber par l’inca-pacité des maîtres de campagne, qui ne lui apprirent qu’unpeu de latin. C’est tout ce qu’il dût aux premières in-structions de sa jeunesse.
A l’âge de dix-neuf ans, il voulut entrer dans l’Ora-toire, l’on ne sçait trop par quelle inspiration. Mais iln’avoitpoint consulté son caractère, qui commençoit k sedécider & qui l’éloignoit de tout affujétissement. Les ré-glés & les exercices , en usage dans cette Congrégationlui devinrent bientôt un pesant fardeau : son humeur indé-pendante ne put s’y plier; il en sortit dix-huit mois après.
Rentré dans le monde, fans choix d’occupations &fans aucune vûé particulière, ses parens songèrent à leproduire. Son pere le revêtit de fa charge ; on le mariaavec Marie Hericart, fille d’un Lieutenant au Balliage
royal
ç*) J’emploie ici l’expression dont se servit M. l’Abbé d’Olivet, del’Académie Françoise, lorsque je le consultai sur ie projet de donner unevie de La Fontaine,- & je m’en sers avec d’autant plus de reconnoissancequ’en ayant lui-môme composé une, très - succinte à la vérité, dont jenie suis aidé, fou jugement justifie la hardiesse & la nécessité de mon en-treprise.
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