VI
VIE DE LA FONTAINE.
Cette Ode lûe & déclamée avec emphase, tranfport£La Fontaine, & fit en même temps développer en lui lejroût & 1 enthousiasme des vers (*). Malherbe cès cetInstant fut l’unique objet de ses délices: il le lisoit, il l’é-mdioit sans cesse; & non content de l’apprendre par cœur,i! alloit jusques dans les bois en déclamer les vers. IIfit plus, il voulut limiter; & comme il nous l’apprend• tu-même dans une épitre h M. Huet, ies premiers ac-cens de sa lyre furent montés sur le ton & fur l’harmoniedes vers de ce Poète.
Je pris certain Auteur autres ois pour mon maître ;
Jl pensa me gâter: à la fin , grâce aux Dieux ,
Horace par bonheur me défi lia les yeux.
JJ Auteur avait du bon ; du meilleur , & la France
Eßimoit dans fies vers le tour & la cadence.
Qjd ne les eut prisés ? J’en demeurai ravi . ....
Mais ces traits ont perdu quiconque l'a suivi . ,
C’est ainsi que débuta La Fontaine; & c’est ici, à pro-prement parler, la naissance du talent supérieur qu’on nepeut se lasser d’admirer dans ses ouvrages, & qui lesfera palier h la postérité la plus reculée. Heureusement,comme il le dit, le charme cessa; il ne s’en tint point kMalherbe.. Glorieux de ses premières productions, il vou-lut en avoir des témoins pour en jouir davantage. Sonpere fut le premier qui les vit , & le bon homme enpleura de joie. Flatté de ce premier succès, il fut cher-cher encore l’approbation d’un de ses parens nomméPintrel, Procureur du Roi au Présidia! de Château-Thierry, homme de bon sens» qui n’étoit point fans
goût,
(C’est alors qu’il eftt pu s’appliquer la surprise de Perse: ■
Nec fonte labra prolui caballino :
Nec in bicipiti J'omniajJ'e Parnaßbiîjnùni t ut repente (iç Posta pro dir cm.
£ers. prolog* vers. i. 2 . 3*