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Fables Choisies, Mises En Vers / Par J. De La Fontaine
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VIE'DE LA FONTAINE.

XIX

Les amis , les indifférens ,

Qui mont fait employer le peu que fai de hile .Ils ne pouvaient souffrir cette atteinte à mon nom.La méritois-je ? on dit que non.

Cest le seul ressentiment qu'il eut Hans fa vie. Sonhumeur tranquille & débonnaire le rendoit insensible ktoutes les petites délicatesses qui heurtent la vanité &qui blessent l'amour-propre de la plûpart des hommes.On eût dit quil étoit incapable de sentir même la raille-rie piquante: on en a déjkvû quelques exemples. Aus-si ses amis avoient-ils le droit de lui faire, ou de luidire tout ce qu'ils vouloient : jamais il ne sen fâcboit.Il soussroit aisément leur mauvaise humeur, & ne leurtenoit que des propos obligeans, même dans les occasi-ons la patience peut échapper aux plus modérés. Lepeu destime quil avoir de lui-même, son humilité na-< turelle, capable de faire honneur à la piété même qu ilif avoir pas, lui déroboientla connoistahce de son mériteA de la sublimité de ses talens. Ses productions étoientles fruits dun génie aisé; elles couloient tellement desource & lui coûtoient si peu d'effort, quil ne falloirpas plus dattention k ce quelles valoient, qu'il en fai-soir k ce qui le regardoit lui-même. Personne n'ignora plusque lui lestime dont il étoit digne: aussi étoit-il de tous leshommes le moins propre à faire remarquer quil la méri-toit. Il regardoit lindustrie quil eût fallu pour cela,comme une peine, ou comme un foin qui ne le concer-noit pas, & qui nétoit que laffaire des autres. Cétoiten vain quh table ou dans un cercle, on auroit attendude lui quelque propos ou quelque récit qui répondit kla licence répandue dans une bonne partie de ses ouvra-ges. Personne nétoit ni plus retenu devant les femmesquil aimoit & quil refpectoit beaucoup, ni plus réservé& plus circonspect dans les conversations mêmeles plus familières & les plus libres. Lorsqu'il étoitobligé daller dans quelques compagnies l'on exigeoitie récit de quelques Fables, ou de quelques Contes,

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