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FABLES
X
Trois jours au plus rendront mon ame satisfaite:
Je reviendrai dans peu conter de point en pointMes aventures à mon frere.
Je le désennuirai : quiconque ne voit guèreN’a guère à dire aussi. Mon voyage dépeint;
Vous sera d'un plaisir extrême.
Je dirai: j’étois là, telle chose m’avint:
Vous y croirez être vous-même.
A ces mots, en pleurant, ils se dirent adieu.
Le voyageur s’éloigne; & voilà qu’un nuageL’oblige de chercher retraite en quelque lieu.
Un seul arbre s’offrit, tel encor que l’orageMaltraita le Pigeon en dépit du feuillage.
L’air devenu serein, il part tout morfondu,
Sèche, du mieux qu’il peut, son corps chargé 4 e pluieDans un champ à l’écart voit du bled répandu,Voit un Pigeon auprès, cela lui donne envie:
Il y vole, il est pris: ce bled couvrait d’un lasLes menteurs & traîtres appâts.
Le las étoit usé; si bien que dé son aîle,
De ses pieds, de son bec, l’oiseau le rompt enfin:Quelque plume y périt; & le pis du destinFut qu’un certain vautour à la ferre cruelle,
Vit notre malheureux, qui traînant la ficelle,
Et les morceaux du las qui l’avoit attrappé,Sembloit un forçat échappé.
Le vautour s’en alloit le lier, quand des nuesFond à son tour un Aigle aux ailes étendues.
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