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Oeuvres De Molière : Avec Des Notes De Tous Les Commentateurs
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ACTE III, SCÈNE II.

Dans le particulier elle oblige sans peine,

Et son cœur, croyez-moi, n’est point roche, après tout,A quiconque la sait prendre par le bon bout ;

Elle fait la sucrée, et veut passer pour prude ;

Mais je puis en parler avecque certitude.

Vous savez que je suis quelque peu d’un métierA me devoir connaître en un pareil gibier.

LÉANDRE.

Célie...

MASCARILLE.

Oui, sa pudeur n’est que franche grimace,Qu’une ombre de vertu qui garde mal sa place,

Et qui s’évanouit, comme l’on peut savoir,

Aux rayons du soleil qu’une bourse fait voir (1).

LÉANDRE.

Las ! que dis-tu ? Croirai-je un discours de la sorte ?

MASCARILLE.

Monsieur, les volontés sont libres : que m’importe?Non, ne me croyez pas, suivez votre dessein,

Prenez cette matoise, et lui donnez la main ;

Toute la ville en corps reconnaîtra ce zèle,

Et vous épouserez le bien public en elle.

LÉANDRE.

Quelle surprise étrange !

MASCARILLE à part.

Il a pris l’hameçon.

Courage! s’il s’y peut enferrer tout de bon,

Nous nous ôtons du pied une fâcheuse épine.

LÉANDRE.

Oui, d’un coup étonnant ce discours m’assassine.

MASCARILLE.

Quoi ! vous pourriez...

LÉANDRE.

Va-t’en jusqu’à la poste, et voiJe ne sais quel paquet qui doit venir pour moi.

( seul, après avoir rêvé. )

Qui ne s’y fût trompé ! Jamais l’air d’un visage,

Si ce qu’il dit est vrai, n’imposa davantage.

3S

(i) Ce vers fait allusion au soleil représenté sur les louis d'or dutemps de Louis XIV. Charles IX est le premier de nos rois qui ait faitfrapper des monnaies d’or avec l’efflgie du soleil ; Louis XIV est le der-nier.