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Études ou discours historique sur la chute de l'empire romain : la naissance et les progrès du Christianisme, et l'invasion des barbares / par M. le Vicomte de Chateaubriand
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S 8 PltÉFACE.

politiques ; ils ne possédaient que la jouissance des terres concédéespar les nobles.

Les cités héroïques furent toutes gouvernées aristocratiquement ;elles étaient guerrières dans leur essence. Les habitants de ces ci-tés, brigands ou pirates au dehors, étaient éternellement divisésau dedans.

Peu à peu ces sociétés aristocratiques se transforment, par lac-croissement de la partie démocratique, en républiques populaires.Les États populaires se corrompent; le peuple, qui dabord navaitréclamé que légalité, veut dominera son tour. Lanarchie survient,et force le peuple à sabriter dans la domination dun seul. Le besoinde lordre fonde la monarchie, comme le besoin de liberté avait fondélaristocratie, et le besoin dégalité la démocratie.

« Si la monarchie narrète pas la corruption du peuple, ce peu-« pie, ditVico, devient esclave dune nation meilleure qui le sou-« met par les armes et le sauve en le soumettant, car ce sont deux« lois naturelles : Qui ne peut se gouverner obéira , et aux meilleurs« l'empire du monde. » Maxime contestable.

La partie vraiment neuve du système de Vico est celle il faitentrer lhistoire du droit civil dans lhistoire du droit politique. Ilavait dirigé ses études de ce côté; ses premiers essais de jurispru-dence et détymologie latine sont, à tout prendre, ses meilleurs ou-vrages. Il démontre que la jurisprudence varie selon la forme desgouvernements, lesquels eux-mêmes sont nés des mœurs ; il observeque la première loi de la société, loi dabord toute religieuse, pé-nétra et se prolongea dans lordre civil, à travers les révolutions etles transformations politiques. Nul navait vu avant lui que si la ju-risprudence des Romains était entourée de solennités et de mystères,cest quelle découlait de lantique droit religieux, et que ces mystè-res nétaient point une imposture, un moyen de pouvoir inventé parles prêtres et par les nobles. A Rome, les actes appelés par excel-lence actes légitimes étaient accompagnés de rites sacrés : pour queles mariages et les testaments fussent dits justes , cest-à-dire sup-posant les droits de lordre politique le plus élevé, il fallait quils eus-sent été légalisés par des cérémonies saintes.

Cette belle remarque de Vico se peut appliquer à notre sociétémeme : le christianisme, qui la fonda à part, au milieu de la sociétépaïenne de Rome et de la Grèce, ou chez les peuples barbares , lasoumit à la loi religieuse. Le mariage et la sépulture ne furent solennels