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politiques ; ils ne possédaient que la jouissance des terres concédéespar les nobles.
Les cités héroïques furent toutes gouvernées aristocratiquement ;elles étaient guerrières dans leur essence. Les habitants de ces ci-tés, brigands ou pirates au dehors, étaient éternellement divisésau dedans.
Peu à peu ces sociétés aristocratiques se transforment, par l’ac-croissement de la partie démocratique, en républiques populaires.Les États populaires se corrompent; le peuple, qui d’abord n’avaitréclamé que l’égalité, veut dominera son tour. L’anarchie survient,et force le peuple à s’abriter dans la domination d’un seul. Le besoinde l’ordre fonde la monarchie, comme le besoin de liberté avait fondél’aristocratie, et le besoin d’égalité la démocratie.
« Si la monarchie n’arrète pas la corruption du peuple, ce peu-« pie, ditVico, devient esclave d’une nation meilleure qui le sou-« met par les armes et le sauve en le soumettant, car ce sont deux« lois naturelles : Qui ne peut se gouverner obéira , et aux meilleurs« l'empire du monde. » Maxime contestable.
La partie vraiment neuve du système de Vico est celle où il faitentrer l’histoire du droit civil dans l’histoire du droit politique. Ilavait dirigé ses études de ce côté; ses premiers essais de jurispru-dence et d’étymologie latine sont, à tout prendre, ses meilleurs ou-vrages. Il démontre que la jurisprudence varie selon la forme desgouvernements, lesquels eux-mêmes sont nés des mœurs ; il observeque la première loi de la société, loi d’abord toute religieuse, pé-nétra et se prolongea dans l’ordre civil, à travers les révolutions etles transformations politiques. Nul n’avait vu avant lui que si la ju-risprudence des Romains était entourée de solennités et de mystères,c’est qu’elle découlait de l’antique droit religieux, et que ces mystè-res n’étaient point une imposture, un moyen de pouvoir inventé parles prêtres et par les nobles. A Rome, les actes appelés par excel-lence actes légitimes étaient accompagnés de rites sacrés : pour queles mariages et les testaments fussent dits justes , c’est-à-dire sup-posant les droits de l’ordre politique le plus élevé, il fallait qu’ils eus-sent été légalisés par des cérémonies saintes.
Cette belle remarque de Vico se peut appliquer à notre sociétémeme : le christianisme, qui la fonda à part, au milieu de la sociétépaïenne de Rome et de la Grèce, ou chez les peuples barbares , lasoumit à la loi religieuse. Le mariage et la sépulture ne furent solennels