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PRÉFACE.
L’homme, durant sa laborieuse carrière, cherche sans repos saroute delà déchéance à la réhabilitation, pour arriver à l’unité perdue.
M. Ballanchc a voulu faire pénétrer le génie historique dans larégion qui a précédé l’histoire. Son Orphée résume les quinze sièclesde l’humanité antérieurs aux temps historiques.
Il a réduit ensuite les cinq premiers siècles de l’histoire romaine àune synthèse, laquelle est en même temps une trilogie poétique etune psychologie de l’humanité.
Je ne puis mieux achever de faire connaître la Palingénésie socialequ’en empruntant ce passage d’un excellent extrait de M. Desmous-seaux de Givré, homme dont l’esprit est marqué d’un de ces carac-tères distincts qui se font reconnaître à l’instant dans l’ordre littéraireou politique
« Interrogeant tour à tour les livres saints, les poésies primitives,« l’histoire, M. Ballanche a déduit de leurs réponses concordantes« une analogie parfaite entre le principe révélé et le principe ration-« nel ; et c’est là toute la pensée palingénésique. Il croit que la loi qui« préside aux progrès de l’humanité, soit qu’on la contemple dans« la sphère religieuse, soit qu’on l'étudie dans la sphère philosophi-« que, est une. Le titre à inscrire sur le frontispice de ses œuvres« complètes, pour en annoncer l’idée fondamentale, pourrait donc« être celui-ci : Identité du dogme de la déchéance et de la rèhabi-« litation du genre humain avec la loi philosophique de la perfecti-bilité.
« Les Écritures nous montrent un homme succombant dans l’é-« preuve de l’obéissance, puis initié, par sa chute même, à la con-« naissance du bien et du mal, et, plus tard, rachetant sa faute par« le sang d’une victime innocente et volontaire. Cet homme des Écri-« tures, c’est à la fois Adam, le peuple juif et le genre humain. Le
1 Cet extrait a paru dans le Journal des Débats, du 27 juin 1839. M. Des-mousseaux de Givré, attaché à mon ambassade à Londres .était mon se-cond secrétaire d’ambassade à Rome. De tous les jeunes diplomates, c’est leseul qui ait donné sa démission lorsque M. de Polignac fut chargé du porte-feuille des affaires étrangères; il se retira avec moi et malgré moi. Il désiraitreprendre du service après les journées de juillet ; on lui a préféré des hom-mes tout à fait nouveaux dans la carrière, ou qui n'avaient d’autre mériteque d'avoir été placés auprès des ambassadeurs les plus opposés aux libertésconstitutionnelles de la France. Notre corps diplomatique n'était vraimentpas assez riche (et je le connais à fond) pour se passer des services d’unhomme comme M. de Givré, quand il voulait bien faire le sacrifice de s'atta-cher à un ministère aussi déplorable.