ÉTUDE PREMIÈRE.
EXPOSITION.
Trois vérités forment la base de l’édifice social : la vérité rè-ügieuse, la vérité philosophique, la vérité politique.
La vérité religieuse est la connaissance d’un Dieu unique,manifestée par un culte.
La vérité philosophique est la triple science des choses intel-lectuelles, morales et naturelles.
La vérité politique est l’ordre et la liberté : l’ordre est la sou-veraineté exercée par le pouvoir ; la liberté est le droit des peu-ples.
Moins la cité est développée, plus ces vérités sont confuses ;elles se combattent dans la cité imparfaite, mais elles ne se dé-truisent jamais : c’est de leur combinaison avec les esprits, lespassions, les erreurs, les événements, que naissent les faits del’histoire. A travers le bruit ou le silence des nations, dans laprofondeur des âges, dans les égarements de la civilisation oudans les ténèbres de la barbarie , on entend toujours quelquevoix solitaire qui proclame les trois vérités fondamentales dontl’usage constant et la connaissance complète produiront leperfectionnement de la société.
Cette société, tout en ayant l’air de rétrograder quelquefois,ne cesse de marcher en avant. La civilisation ne décrit pointun cercle parfait et ne se meut pas en ligne droite ; elle est surla terre comme un vaisseau sur la mer ; ce vaisseau, battu dela tempête , louvoie, revient sur sa trace, tombe au-dessous dupoint d’où il est parti ; mais enfin , à force de temps , il rencon-tre des vents favorables , gagne chaque jour quelque chose dansson véritable chemin, et surgit au port vers lequel il avait dé-ployé ses voiles.
En examinant les trois vérités sociales dans Tordre inverse,et commençant par la vérité politique, écartons les vieilles no-tions du passé.