ET SA COUR.
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debout, appuyée sur le petit paravent entre les deuxtables. Nanon, qui avait unê main comme dans sapoche, passa derrière elle, et se mit comme à ge-noux. Le roi, qui en était le plus proche, s’enaperçut et demanda ce qu’elles faisaient là. Laprincesse se mit à rire, et répondit qu’elle faisaitce qu’il lui arrivait souvent de faire les jours decomédie. Le roi insista. « Voulez-vous le savoir,reprit-elle, puisque vous ne l’avez point encoreremarqué? C’est que je prends un lavement d’eau.—Comment, s’écria le roi mourant de rire, actuelle-ment, là, vous prenez un lavement? —Hé vraimentoui, dit-elle. — Et comment faites-vous cela? » Etles voilà tous quatre à rire de tout leur cœur. Na-non apportait la seringue toute prête sous sesjupes, troussait celles de la princesse qui les tenaitcomme en se chauffant, et Nanon lui glissait leclystère. Les jupes retombaient, et Nanon rempor-tait sa seringue sous les siennes; il n’v paraissaitpas ; ils n’y avaient pas pris garde, ou avaient cruque Nanon rajustait quelque chose à l’habillement.La surprise fut extrême, et tous deux trouvèrentcela fort plaisant. Le rare est qu’elle allait avec celavement à la comédie sans être pressée de le ren-dre, quelquefois même elle ne le rendait qu’aprèsle souper du roi et le cabinet ; elle disait que celala rafraîchissait, et empêchait que l’étouffement dulieu de la comédie ne lui fît mal à la tête. Depuis