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LOUIS XIV
la vie la plus douloureuse, la plus méfiante et laplus remplie des plus fâcheux soupçons, les plusnoirs et en même temps les plus inutiles ; et quec’était effectivement l’empoisonner. II se prit aprèsà l’èxhorter, pour le repos et la prolongation de savie, à secouer des idées terribles en elles-mêmes,fausses suivant toute son expérience et ses connais-sances , et qui n’enfanteraient que les soucis et lessoupçons les plus vagues, les plus poignants, lesplus irrémédiables; et se fâcha fortement contreceux qui s’efforçaient de les lui inspirer.
Il me conta ce détail ensuite, et me dit en mêmetemps que, outre qu’il croyait que la mort pouvaitêtre naturelle, quoique véritablement il en doutâtà tout ce qu’il avait remarqué d’extraordinaire ;mais qu’il avait principalement insisté par la com-passion de la situation de cœur et d’esprit où l’opi-nion de poison allait jeter le roi, et par l’indigna-tion d’une cabale qu’il voyait se former dansl’intérieur, dès la maladie, et surtout depuis lamort de Mme la Dauphine, pour en donner lepaquet àM. le duc d’Orléans, et qu’il m’en aver-tissait comme son ami et le' sien ; car Maréchal,qui était effectif, et la probité, et la vérité, et lavertu même, était d’ailleurs ' grossier, et ne savaitni la force ni la mesure des termes, étant d’ailleurstout à fait respectueux et parfaitement éloigné dese méconnaître.