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LOUIS XIV
Le roi fut à l’instant, et contre son naturel, sitransporté de colère, qu’il se jeta sur les pincettesde la cheminée, et en allait charger Louvois, sansMme de Maintenon, qui se jeta aussitôt entre deux,en s’écriant : « Ah ! sire , qu’allez-vous faire ? * etlui ôta les pincettes des mains. Louvois cependantgagnait la porte. Le roi cria après lui pour le rap-peler, et lui dit, les yeux étincelants : « Dépéchez uncourrier tout à cette heure avec un contre - ordre,et qu’il arrive à temps, et sachez que votre tète enrépond, si on hrûle une seule maison. » Louvois,plus mort que vif, s’en alla sur-le-champ.
Ce n’était pas dans l’impatience de dépêcher lecontre-ordre; il s’était bien gardé de laisser partirle premier courrier. 11 lui avait donné ses dépêchesportant l’ordre de l’incendie ; mais il lui avait or-donné de l’attendre tout botté au retour de sontravail. Il n’avait osé hasarder cet ordre après larépugnance et le refus du roi d’y consentir, et ilcrut par cette ruse que le roi pourrait être fâché,mais que ce serait tout. Si la chose se fût passéeainsi par ce piège, il faisait partir le courrier enrevenant chez lui. U fut assez sage pour ne se pascommettre à le dépêcher auparavant, et bien luien prit. Il n’eut que la peine de reprendre ses dé-pêches et de faire débotter le courrier. Il passatoujours auprès du roi pour parti, et le second pourarrivé assez à temps pour empêcher l’exécution.