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NOTICE SUR MOLIÈRE.
Cependant Molière fut malheureux. Il fut jaloux, et il eut lieu deYêtre. Il ne trouva dans sa femme ni fidélité, ni soumission, nitendresse, ni égards. Il lui fallut vivre uniquement par le travailet par la pensée, lui qui avait un cœur digne de son génie. Iléprouva par lui-même toutes les angoisses de la jalousie et de l’a-mour malheureux, dont il a été le plus grand peintre. Son nom nefut pas même respecté après sa mort, et sa veuve épousa uncomédien obscur, nommé Guérin d’Estriché.
Le mariage de Molière donna lieu à d’atroces calomnies. Quandil avait quitté Paris pour courir la province avec quelques acteursde Y Illustre Théâtre , il avait avec lui les Béjart et leur sœur Made-leine. Il l’aima; et plus tard, quand il épousa Armande, les plusmodérés se bornèrent à dire qu’il épousait la fille après avoir étél’amant de la mère; d’autres ne craignirent pas de l’accuser d’é-pouser sa propre fille. Un comédien de l’hôtel de Bourgogne portaces accusations jusqu’au roi; mais ce qui prouve que l’esprit deLouis XIV n’en fut pas eflleuré, c'est qu’il nomma lui même, quel-que temps après, avec Henriette d’Angleterre le premier enfant deMolière et d’Armande Béjart.
La vérité est qu’Armarule était la sœur et non pas la fille de Ma-deleine; et ce qui le prouve avec évidence, c’est l’acte authentiquedu mariage de Molière, retrouvé par M. Retfara. Le voici :
«Jean-Baptiste Poquelin (Molière), fils de Jean Poquelin et defeue Marie Cressé d’une part, et Armande-Grésinde Béjart, fille defeu Joseph Béjart et de Marie Hervé, d'autre part, tous deux decette paroisse, vis-à-vis le Palais-Royal, fiancés et mariés tout en-semble, par permission de M. de Comtes, doyen de Notre-Dame etgrand vicaire de monseigneur le cardinal de Retz, archevêque deParis, en présence dudit Jean Poquelin, père du marié, et de An-dré Boudet, beau-frère du marié; de ladite Marie Hervé, mère dela mariée, Louis Béjart et Madeleine Béjart, frère et sœur de laditema riée. »
Cet acte est du 20 février 1362, et de la paroisse de Saint-Ger-main l'Auxerrois.
Outre le fils qui eut pour parrain Louis XIV, Molière eut encoreun autre fils, qui ne vécut que deux mois, et une fille, que Made-