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LA JALOUSIE DU BARBOUILLÉ.
dans une province opulente, cette province dans une monarchie flo-rissante, cette monarchie dans tout le monde; et que tout le mondeoù seroit cette monarchie florissante, où seroit cette province opu-lente, où seroit cette île fertile, où seroit cette ville célèbre, oùseroit cette citadelle incomparable, où seroit ce château pompeuxoù seroit cet appartement agréable, où seroit ce cabinet curieux,où seroit ce coffre admirable, où seroit cet étui précieux, où seroilcette riche boîte dans laquelle seroit enfermée la bourse pleine depistoles, que je me soucierois aussi peu de ton argent et de toi qu tde cela. [Il s’en va.)
le barbouillé. — Ma foi, je m’y suis mépris : à cause qu’il estvêtu comme un médecin, j’ai cru qu’il lui falloit parler d’argent;mais puisqu'il n’en veut point, il n’y a rien de plus aisé que de lecontenter : je m’en vais courir après lui. {Il sort.)
SCÈNE III. — ANGÉLIQUE, VALÈRE, CATHAU.
Angélique. — Monsieur, je vous assure que vous m’obligerezbeaucoup de me tenir quelquefois compagnie; mon mari est si malbâti, si débauché, si ivrogne, que ce m’est un supplice d’être aveclui, et je vous laisse à penser quelle satisfaction on peut avoir d’unrustre comme lui.
valère. — Mademoiselle, vous me faites trop d’honneur de mevouloir souffrir. Je vous promets de contribuer de tout mon pouvoirà votre divertissement; et, puisque vous me témoignez que macompagnie ne vous est point désagréable, je vous ferai connoîtrepar mes empressemens combien j’ai de joie de la bonne nouvelleque vous m’apprenez.
cathau. — Ahl changez de discours, voyez porte-guignon quiarrive.
SCÈNE IV. - LE BARBOUILLÉ, VALÈRE, ANGÉLIQUE,
CATHAU.
valère. — Mademoiselle, je suis au désespoir de vous apporterde si méchantes nouvelles ; mais aussi bien les auriez-vous apprisesde quelque autre; et, puisque votre frère est fort malade....
angélique. — Monsieur, ne m’en dites pas davantage; je suisvotre servante, et vous rends grâces de la peine que vous avezprise.
le barbouillé. — Ma foi, sans aller chez le notaire, voilà le cer-tificat de mon cocuage. Ha! ha! madame la carogne, je vous trouveavec un homme, après toutes les défenses que je vous ai faites, etvous me voulez envoyer de Gemini en Capricorne!
angélique. — Hé bien! faut-il gronder pour cela? Ce monsieur