Mehrbändiges Buch 
Oeuvres Complètes De Molière
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ACTE III, SCÈNE V. 91

don alonse. Tous ces discours sont superflus . il faut quilmeure.

don Carlos. Arrêtez, vous dis-je, mon frère. Je ne souffriraipoint du tout quon attaque ses jours ; et je jure le ciel que je ledéfendrai ici contre qui que ce soit, et je saurai lui faire un rem-part de cette même vie quil a sauvée ; et, pour adresser voscoups, il faudra que vous me perciez.

don alonse. Quoi 1 vous prenez le parti de notre ennemicontre moi; et, loin dêtre saisi à son aspect des mêmes transportsque je sens, vous faites voir pour lui des sentimens pleins dedouceur 1

don carlos. Mon frere, montrons de la modération dans uneaction légitime ; et ne vengeons point notre honneur avec cet em-portement que vous témoignez. Ayons du cœur dont nous soyonsles maîtres, une valeur qui nait rien de farouche, et qui se porteaux choses par une pure délibération de notre raison, et non pointpar le mouvement dune aveugle colère. Je ne veux point, monfrère, demeurer redevable à mon ennemi, et je lui ai une obliga-tion dont il faut que je macquitte avant toute chose. Notre ven-geance, pour être différée, nen sera pas moins éclatante; au con-traire , elle en tirera de lavantage ; et cette occasion de lavoir puprendre, la fera paroître plus juste aux yeux de tout le monde.

don alonse. O létrange foiblesse, et laveuglement effroyablede hasarder ainsi les intérêts de son honneur pour la ridicule pen-sée dune obligation chimérique !

don carlos. Non, mon frère, ne vous mettez pas en peine. Sije fais une faute, je saurai bien la réparer, et je me charge de toutle soin de notre honneur; je sais à quoi il nous oblige, et cettesuspension dun jour, que ma reconnoissance lui demande, ne feraquaugmenter lardeur que jai de le satisfaire. Don Juan, vousvoyez que jai soin de vous rendre le bien que jai reçu de vous,et vous devez par juger du reste, croire que je macquitte avecmême chaleur de ce que je dois, et que je ne serai pas moins exactà vous payer linjure que le bienfait. Je ne veux point vous obligerici à expliquer vos'sentimens, et je vous donne la liberté de penserà loisir aux résolutions que vous avez à prendre. Vous connoissezassez la grandeur de loffense que vous nous avez faite, et je vousfais juge vous-même des réparations quelle demande. Il est cesmoyens doux pour nous satisfaire; il en est de violens et de sanglans : mais enfin, quelque choix que vous fassiez, vous mavezdonné parole de me faire faire raison par don Juan. Songez à mela faire, je vous prie, et vous ressouvenez que, hors dici, je nedois plus quà mon honneur

don juan. Je nai rien exigé de vous, et vous tiendrai ce quejai promis.