DE LA FÊTE DE VERSAILLES. 15
du dôme, il y avoit de grosses boules de verdure qui en terminoientles extrémités.
Si l’on fut surpris en voyant par crenors la neauté de ce lieu, onle fut encore davantage en voyant le dedans. Il étoit presque impos-sible de ne se pas persuader que ce ne fût un enchantement, tant ily paroissoit de choses qu’on croiroit ne se pouvoir faire que par ma-gie ! Sa grandeur étoit de huit toises de diamètre. Au milieu, il yavoit un grand rocher, et autour du rocher une table de figure oc-togone , chargée de soixante-quatre couverts. Ce rocher étoit percéen quatre endroits. Il sembloit que la nature eût fait choix de toutce qu’elle a de plus beau et de plus riche pour la composition de cetouvrage, et qu’elle eût elle-même pris plaisir d’en faire son chef-d’œuvre, tant les ouvriers avoient bien su cacher l’artifice dont ilss’étoient servis pour l’imiter!
Sur la cime du rocher était le cheval Pégase; il sembloit, en secabrant, faire sortir de l’eau qu’on voyoit couler doucement de des-sous ses pieds, mais qui aussitôt tomboit avec abondance, et formoitcomme quatre fleuves. Cette eau, qui se précipitoit avec violence etpar gros bouillons parmi les pointes du rocher, le rendoit tout blancd’écume, et ne s’y perdoit que pour paroître ensuite plus belle etplus brillante; car, ressortant avec impétuosité par des endroits ca-chés, elle faisoit des chutes d’autant plus agréables qu’elles se sépa-raient en plusieurs petits ruisseaux parmi les cailloux et les coquillesIl sortoit, de tous les endroits les plus creux du rocher, mille gouttesd’eau qui, avec celle des cascades, venoient inonder une pelousecouverte de mousse et de divers coquillages, qui en faisoit l’entrée.C’étoit sur ce beau vert, et à l’entour de ces coquilles, que ces eaux,venant à se répandre et à couler agréablement, faisoient une infinitéde retours qui paraissoient autant de petites ondes d’argent, et, avecun murmure doux et agréable qui s’accordoit au bruit des cascades,tomboient, en cent différentes manières, dans huit canaux qui sé-paraient la table d’avec le rocher, et en recevoient toutes les eaux.Ces canaux étoient revêtus de carreaux de porcelaine et de mousse,au bord desquels il y avoit de grands vases à l’antique, émaillés d’oret d’azur, qui, jetant l’eau par trois différens endroits, remplissoienttrois grandes coupes de cristal qui se dégorgeofent encore dans cesmêmes canaux.
Au-dessous du cheval Pégase, et vis-à-vis la porte par où l’on en-trait, on voyoit la figure d’Apollon assise, tenant dans sa main unelyre; les neuf Muses étoient au-dessous de lui, qui tenoient aussidivers instrumens. Dans les quatre coins du rocher, et au-dessousde la chute de ces fleuves, il y avoit quatre figures couchées, qui enreprésentoient les divinités.
De quelque côté qu’on regardât ce rocher, l’on y voyoit toujoursdifférens effets d’eau; et les lumières dont il étoit éclairé