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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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DEUXIÈME LEÇON.

mental, distinctif, de la civilisation européenne,demeure présent à votre esprit, dans le cours denos travaux. Je ne puis aujourdhui que l'affirmer.Quant à la preuve, cest le développement des faitsqui doit la fournir. Ce serait déjà, cependant, vousen conviendrez, une grande confirmation de monassertion, si nous trouvions, dans le berceau mêmede notre civilisation les causes et les éléments ducaractère que je viens de lui attribuer; si, au mo-ment elle a commencé à naître, au moment dela chute de lempire romain, nous reconnaissions,dans létat du monde, dans les faits qui, dès sespremiers jours, ont concouru à former la civilisa-tion européenne, le principe de cette diversité agi-tée, mais féconde, qui la distingue. Je vais tenteravec vous cette recherche. Je vais examiner létatde lEurope, à la chute de lempire romain, et re-chercher, soit dans les institutions, soit dans lescroyances, les idées, les sentiments, quels étaientles éléments que le monde ancien léguait au mondemoderne. Si, dans ces éléments, nous voyons déjàempreint le caractère que je viens de décrire, ilaura acquis pour vous, dès aujourdhui, un granddegré de probabilité.

Il faut dabord se bien représenter ce quétaitlempire romain, et comment il sest formé.

Rome nétait, dans son origine, quune munici-palité, une commune. Le gouvernement romain naété que lensemble des institutions qui convien-nent à une population renfermée dans lintérieurdune ville; ce sont des institutions municipales :cest leur caractère distinctif.

Cela nétait pas particulier à Rome ; quand onregarde en Italie, à cette époque, autour de Rome,on ne trouve que des villes. Ce quon appelait alorsdes peuples nétait que des confédérations de villes.Le peuple latin est une confédération des villes la-tines. Les Étrusques , les Samnites, les Sabins, lespeuples de la Grande Grèce, sont tous dans le mêmeétat.

Il ny avait, à cette époque, point de campa-gnes; cest-à-dire les campagnes ne ressemblaientnullement à ce qui existe aujourdhui; elles étaientcultivées; il le fallait bien; elles nétaient pas peu-plées. Les propriétaires des campagnes étaient leshabitants des villes; ils sortaient pour veiller àleurs propriétés rurales; ils y entretenaient souventun certain nombre desclaves; mais, ce que nousappelons aujourdhui les campagnes, celte popula-tion éparse, tantôt dans des habitations isolées,tantôt dans des villages, et qui couvre partout lesol, était un fait presque inconnu à lancienneItalie.

Quand Rome sest étendue, qua-t-elle fait? Sui-

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vez son histoire, vous verrez quelle a conquis oufondé des villes; cest contre des villes quelle lutte,avec des villes quelle contracte; cest dans des vil-les quelle envoie des colonies. Lhistoire de la con-quête du monde par Rome, cest lhistoire de laconquête et de la fondation dun grand nombre decités. Dans lOrient, lextension de la dominationromaine ne porte pas tout à fait ce caractère : lapopulation y était autrement distribuée quen Oc-cident; soumise à un régime social différent, elleétait beaucoup moins concentrée dans les villes.Mais comme il ne sagit ici que de la populationeuropéenne, ce qui se passait en Orient nous inté-resse peu.

En nous renfermant dans lOccident, nous re-trouvons partout le fait que jai indiqué. Dans lesGaules, en Espagne, ce sont toujours des villes quevous rencontrez; loin des villes, le territoire estcouvert de marais, de forêts. Examinez le carac-tère des monuments romains, des routes romaines.Vous avez de grandes routes qui aboutissent duneville à une autre; celte multitude de petites routesqui aujourdhui se croisent en tous sens sur le ter-ritoire, était alors inconnue. Rien ne ressemble àcette innombrable quantité de petits monuments,de villages, de châteaux, déglises, dispersés dansle pays depuis le moyen âge. Rome ne nous a léguéque des monuments immenses, empreints du ca-ractère municipal, destinés à une population nom-breuse, agglomérée sur un même point. Sous quel-que point de vue que vous considériez le monderomain, vous y trouverez cette prépondérance pres-que exclusive des villes, et la non-existence socialedes campagnes. Ge caractère municipal du monderomain rendait évidemment lunité, le lien socialdun grand Etat, extrêmement difficile à établir età maintenir. Une municipalité comme Rome avaitpu conquérir le monde; il lui était beaucoup plusmal aisé de le gouverner, de le constituer. Aussi,quand lœuvre paraît consommée, quand tout lOc-cident et une grande partie de lOrient sont tombéssous la domination romaine, vous voyez cette pro-digieuse quantité de cités, de petits États faits pourlisolement et lindépendance, se désunir, se déta-cher , séchapper pour ainsi dire en tous sens. Gefut une des causes qui amenèrent la nécessité delempire, dune forme de gouvernement plus con-centrée, plus capable de tenir unis des éléments sipeu cohérents. Lempire essaya de porter de lunitéet du lien dans cette société éparse. Il y réussit jus-quà un certain point. Ge fut entre Auguste et Dio-clétien quen même temps que se développait lalégislation civile, sétablit ce vaste système de des-poiisme administratif qui étendit sur le monde ro-