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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

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peut être légitime. 11 ny a pas lieu à gouverne-ment, puisque la liberté doit subsister tout entière.

Messieurs, cest, je crois, se faire du gouverne-ment en général une bien petite et grossière idéeque de croire quil réside uniquement, quil résidemême surtout dans la force quil déploie pour sefaire obéir, dans son élément coercitif.

Je sors du point de vue religieux; je prends- legouvernement civil. Suivez, je vous prie, avec moile simple cours des faits. La société existe : il y aquelque chose à faire, nimporte quoi, dans sonintérêt, en son nom; il y a une loi à rendre, unemesure à prendre, un jugement à prononcer. A coupsur, il y a aussi une bonne manière de suffire à cesbesoins sociaux, il y a une bonne loi à faire, un bonparti à prendre, un bon jugement à prononcer. Dequelque chose quil sagisse, quel que soit lintérêtmis en question, il y a en toute occasion une véritéquil faut connaître, et qui doit décider de la con-duite.

La première affaire du gouvernement, cest dechercher cette vérité, de découvrir ce qui est juste,raisonnable, ce qui convient à la société. Quand illa trouvé, il le proclame. Il faut alors quil tâche dele faire entrer dans les esprits, quil se fasse ap-prouver des hommes sur lesquels il agit, quil leurpersuade quil a raison. Y a-t-il dans tout cela quel-que chose de coercitif? Nullement. Maintenant,supposez que la vérité qui doit décider de 1aft'aire,nimporte laquelle, supposez, dis-je, que cette véritéune fois trouvée et proclamée, tout à coup toutesles intelligences soient convaincues, toutes les vo-lontés déterminées, que tous reconnaissent que legouvernement a raison, et lui obéissent spontané-ment; il ny a point encore de coaction, il ny a paslieu à employer la force. Est-ce que par hasard legouvernement ne subsisterait pas? Est-ce que, danstout cela, il ny aurait point eu de gouvernement?Évidemment, il y aurait eu gouvernement; et ilaurait accompli sa tâche. La coaction ne vient quelorsque la résistance des volontés individuelles seprésente, lorsque lidée, le parti que le pouvoir aadopté nobtient pas lapprobation ou la soumissionvolontaire de tous. Le gouvernement emploie alorsla force pour se faire obéir; cest le résultat néces-saire de limperfection humaine; imperfection quiréside à la fois et dans le pouvoir et dans la société.Il ny aura jamais aucun moyen de léviter abso-lument; les gouvernements civils seront toujoursobligés de recourir, dans une certaine mesure, à laeoaction. Mais évidemment la coaction ne les con-stitue pas; toutes les fois quils peuvent sen passer,ils sen passent, et au grand bien de tous; et leurplus beau perfectionnement, cest de sen passer, de

se renfermer dans les moyens purement moraux,dans laction exercée sur les intelligences; en sorteque, plus le gouvernement se dispense de la coac-tion , plus il est fidèle à sa vraie nature, et sacquittebien de sa mission. Il ne se réduit point, il ne seretire point alors, comme on le répète vulgairement;il agit dune autre manière, et dune manière infini-ment plus générale et plus puissante. Les gouverne-ments qui emploient le plus la coaction font bienmoins de choses que ceux qui ne lemploient guère.En sadressant aux intelligences, en déterminant lesvolontés libres, en agissant par des moyens pure-ment intellectuels, le gouvernement, au lieu de seréduire, sétend, sélève; cest alors quil accomplitle plus de choses, et de grandes choses. Gest, aucontraire, lorsquil est obligé demployer sans cessela coaction quil se resserre, se rapetisse, et fait très-peu, et fait mal ce quil fait.

Lessence du gouvernement ne réside donc nul-lement dans la coaction, dans lemploi de la force;ce qui le constitue avant tout, cest un système demoyens et de pouvoirs, conçu dans le dessein dar-river à la découverte de ce quil convient de fairedans chaque occasion, à la découverte de la véritéqui a droit de gouverner la société, pour la faireentrer ensuite dans les esprits, et la faire adoptervolontairement, librement. La nécessité et la pré-sence dun gouvernement sont donc très-conceva-bles, quand même il ny aurait lieu à aucune coac-tion, quand elle y serait absolument interdite.

Eh bien, messieurs, tel est le gouvernement dela société religieuse; sans doute la coaction lui estinterdite; sans doute, par cela seul quil a pourunique territoire la conscience humaine, lemploide la force y est illégitime, quel quen soit le but :mais il nen subsiste pas moins; il nen a pas moinsà accomplir tous les actes qui viennent de passersous vos yeux. Il faut quil cherche quelles sont lesdoctrines religieuses qui résolvent les problèmes dela destinée humaine; ou, sil y a déjà un systèmegénéral de croyances dans lequel ces problèmessoient résolus, il faut que, dans chaque cas parti-culier, il découvre et mette en lumière les consé-quences du système; il faut quil promulgue elmaintienne les préceptes qui correspondent à sesdoctrines; il faut quil les prêche, les enseigne, quelorsque la société sen écarte, il les lui rappelle.Rien de coactif; mais la recherche, la prédication,lenseignement des vérités religieuses; au besoin,les admonitions, la censure; cest la tâche dugouvernement religieux; cest son devoir. Suppri-mez aussi complètement que vous voudrez la coac-tion, vous verrez toutes les questions essentielles delorganisation du gouvernement sélever et réclamer