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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN EUROPE.

propre sein, par des besoins de réforme, de déve-loppement intérieur. A tout prendre, cest une so-ciété qui a constamment changé, marché, qui a unehistoire variée et progressive. Nul doute que légaleadmission de tous les hommes aux charges ecclé-siastiques, que le continuel recrutement de lEglisepar un principe dégalité, naient puissamment con-couru à y entretenir, à y ranimer sans cesse le mou-vement et la vie, à prévenir le triomphe de lespritdimmobilité.

Comment lÉglise, qui admettait tous les hommesau pouvoir, sassurait-elle quils y avaient droit?Comment découvrait-on et allait-on puiser, dans lesein de la société, les supériorités légitimes qui de-vaient prendre part au gouvernement?

Deux principes étaient en vigueur dans lÉglise :1° lélection de linférieur par le supérieur, le choix,la nomination ; 2° lélection du supérieur par les su-bordonnés, ou lélection proprement dite, telle quenous la concevons aujourdhui.

Lordination des prêtres, par exemple, la facultéde faire un homme prêtre, appartenait au supérieurseul; le choix se faisait du supérieur à linférieur.De même, dans la collation de certains bénéfices ec-clésiastiques, entre autres des bénéfices attachés àdes concessions féodales, cétait le supérieur, roi,pape ou seigneur, qui nommait le bénéficier. Dansdautres cas, le principe de lélection proprementdite agissait. Lesévêquesontété longtemps et étaientsouvent encore, à lépoque qui nous occupe, élus parle corps du clergé; les fidèles y intervenaient mêmequelquefois. Dans lintérieur des monastères, labbéétait élu par les moines. A Rome, les papes étaientélus par le collège des cardinaux, et même aupara-vant, tout le clergé romain y prenait part. Vous trou-vez donc les deux principes, le choix de linférieurpar le supérieur, et lélection du supérieur par lessubordonnés, reconnus et en action dans lÉglise,particulièrement à lépoque qui nous occupe; cétaitpar lun ou lautre de ces moyens, quelle désignaitles hommes appelés à exercer une portion du pou-voir ecclésiastique.

Non-seulement ces deux principes coexistaient,mais, essentiellement différents, ils étaient en lutte.Après bien des siècles, après bien des vicissitudes,cest la désignation de linférieur par le supérieur,qui la emporté dans lEglise chrétienne. Mais, engénéral, du v' au xii' siècle, cétait lautre principe,le choix du supérieur par les subordonnés, qui pré-valait encore. Ét ne vous étonnez pas, messieurs, dela coexistence de ces deux principes si divers; re-gardez à la société en général, au cours naturel dumonde, à la manière dont le pouvoir sy transmet;vous verrez que cette transmission sopère, tantôt

suivant lun de ces modes, tantôt suivant lautre.LEglise ne les a point inventés; elle les a trouvésdans le gouvernement providentiel des choses hu-maines ; elle les lui a empruntés. 11 y a du vrai, delutile dans lun et dans lautre. Leur combinaisonserait souvent le meilleur moyen de découvrir lepouvoir légitime. Cest un grand malheur, à monavis, quun seul des deux, le choix de linférieur parle supérieur, lait emporté dans lÉglise ; le secondcependant ny a jamais complètement péri; et sousdes noms divers, avec plus ou moins de succès, ilsest reproduit à toutes les époques, assez du moinspour protester et interrompre la prescription.

LÉglise chrétienne, messieurs, puisait, à lépo-que qui nous occupe, une force immense dans sonrespect de légalité et des supériorités légitimes.Cétait la société la plus populaire, la plus acces-sible, la plus ouverte à tous les talents, à toutes lesnobles ambitions de la nature humaine. De sur-tout sa puissance, bien plus que de ses richesseset des moyens illégitimes quelle a trop souvent em-ployés.

Quant à la seconde condition dun bon gouverne-ment, le respect de la liberté, celui de lÉglise lais-sait beaucoup à désirer.

Deux mauvais principes sy rencontraient : lunavoué, incorporé pour ainsi dire dans les doctrinesde lÉglise; lautre introduit dans son sein par lafaiblesse humaine, nullement par une conséquencelégitime des doctrines.

Le premier, cétait la dénégation des droits de laraison individuelle, la prétention de transmettre lescroyances de haut en bas dans toute la société reli-gieuse, sans que personne eût le droit de les débattrepour son propre compte. Il est plus aisé de poserenprincipe cette prétention que de la faire réellementprévaloir. Une conviction nentre point dans lintel-ligence humaine si lintelligence ne lui ouvre laporte; il faut quelle se fasse accepter. De quelquemanière quelle se présente, quel que soit le nomquelle invoque, la raison y regarde, et si elle pénè-tre, cest quelle est acceptée. Ainsi, il y a toujours,sous quelque forme quon la cache, action de la rai-son individuelle sur les idées quon prétend lui im-poser. Il est très-vrai cependant que la raison peutêtre altérée; elle peut, jusquà un certain point,sabdiquer, se mutiler; on peut linduire à faire unmauvais usage de ses facultés, à nen pas faire toutlusage quelle a le droit den faire. Telle a été eneffet la conséquence du mauvais principe admis parlÉglise; mais quant à laction pure et complète dece principe, elle na jamais eu lieu, elle na jamaispu avoir lieu.

Le second mauvais principe, cest le droit de