HISTOIRE
DE
LA CIVILISATION
EN FRANCE,
DEPUIS LA CHUTE DE I/EMPIRE ROMAINJUSQU’EN 1789.
PREMIÈRE LEÇON.
Objet du cours. — Deux méthodes pour étudier avec détail l’histoire de la civilisation européenne. — Motifs pour étudierde préférence l’histoire d’une civilisation spéciale. — Motifs pour étudier celle de la France. — Des faits essentiels quiconstituent la perfection de la civilisation. — Comparaison des grands peuples de l’Europe sous ce point de vue. — De lacivilisation anglaise. — Allemande. — Italienne. — Espagnole. — Française. — La civilisation française est la plus complèteet celle qui représente le plus fidèlement la civilisation générale. — Qu’il s’agit, en l’étudiant, de tout autre chose qued’une simple étude. — De la tendauce qui prévaut aujourd’hui dans l’ordre intellectuel. — De la tendance qui prévaut dansl’ordre social. — Deux problèmes en résultent. — Leur contradiction apparente. — Notre temps est appelé à les résoudre.— Troisième problème, purement moral, également élevé par l’état actuel de la civilisation. — Reproches injustes dont elleest l'objet. — Nécessité de les prévenir. — Toute science aujourd’hui devient une puissance sociale. — Toute puissance doittravailler au perfectionnement moral de l’individu, aussi bien qu’à l’amélioration de la société.
Messieurs,
Plusieurs d’entre vous se rappellent l’objet et lanature du cours qui a fini il y a quelques mois. Ila été très-général, très-rapide. J’ai essayé de faire,en très-peu de temps, passer devant vos yeux le ta-bleau historique de la civilisation européenne. J’aicouru, pour ainsi dire, de sommité en sommité,me bornant presque constamment à des faits géné-raux et à des assertions, au risque de n’êlre pastou jours bien compris, ni peut-être cru.
La nécessité, vous le savez, messieurs, m’avaitimposé cette méthode; et malgré la nécessité, je ne111c serais qu’à grand’peinc résigné à ses inconvé-
nients, si je n’avais prévu que, dans les cours sui-vants, je pourrais y remédier; si je ne m’étais pro-posé dès lors de remplir un jour le cadre que jetraçais, de vous faire arriver à ces résultats générauxque j’avais l’honneur de vous exposer, par la mômevoie qui m’y avait conduit, par une étude attentiveet complète des faits. C’est le dessein que je viensessayer d’accomplir aujourd’hui.
Deux méthodes s’offrent à moi pour y réussir. Jepourrais recommencer le cours de l’été dernier, etreprendre l’histoire générale de la civilisation euro-péenne dans son ensemble, en racontant avec dé-tail ce que je n’ai pu exposer qu’en gros, en par-! courant à pas lents la carrière que nous avons