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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

Son gouvernement était monarchique, despotiquemême; et toutes les institutions, tous les pouvoirsmonarchiques tombaient, abandonnaient eux-mêmesleur poste. Son organisation intérieure semblait aris-tocratique; mais cétait une aristocratie sans force,sans consistance, incapable de jouer un rôle public.Un élément démocratique, des municipalités, unebourgeoisie libre y paraissaient encore; mais la dé-mocratie y est aussi énervée, aussi impuissante quelaristocratie et la monarchie. La société tout entièrese dissout et se meurt.

Ici se révèle, messieurs, le vice radical de la so-ciété romaine, de toute société lesclavage sub-siste sur une grande échelle, quelques maîtresrégnent sur des troupeaux de peuples. En tous pays,en tous temps, quel que soit même le régime poli-tique, au bout dun intervalle plus ou moins long,par le seul effet de la jouissance du pouvoir, de larichesse, du développement intellectuel, de tous lesavantages sociaux, les classes supérieures susent,sénervent; elles ont besoin dêtre sans cesse exci-tées par lémulation, renouvelées par limmigrationdes classes qui vivent et travaillent au-dessous delles.Voyez ce qui sest passé dans lEurope moderne. Ily a eu une prodigieuse variété de conditions socia-les, des degrés infinis dans la richesse, la liberté, leslumières, linfluence, la civilisation. El sur tous lesdegrés de cette longue échelle, un mouvement ascen-dant a constamment poussé chaque classe, et toutesles classes les unes par les autres, vers un plus granddéveloppement; et aucune na pu y demeurer étran-

gère. De la fécondité, limmortalité pour ainsidire de la civilisation moderne, sans cesse recrutéeet rajeunie.

Rien de semblable nexistait dans la société ro-maine; les hommes y étaient divisés en deux grandesclasses, séparées par un intervalle immense; pointde variété, point de mouvement ascendant, point dedémocratie véritable : cétait en quelque sorte unesociété dofficiers, qui ne savait se recruter, et nese recrutait point en effet. Il y eut bien du i" auiii" siècle, comme je lai dit tout à lheure, un mou-vement de progrès dans le menu peuple; il gagna enliberté, en nombre, en activité. Mais ce mouvementfut beaucoup trop lent, beaucoup trop peu étendu,pour que le peuple pût arriver à temps, et en renou-velant les classes supérieures, les sauver de leurpropre décadence.

A côté delles sétait formée une autre société,plus jeune, plus énergique, plus féconde, la sociétéecclésiastique. Ce fut à celle- que se rallia le peu-ple. Aucun lien puissant ne lunissait aux sénateurs,ni peut-être aux curiales; il se groupa autour desprêtres et des évêques. Étrangère à la société civilepaïenne, dont les maîtres ne lui avaient point faitsa place, la masse de la population entra avec ar-deur dans la société chrétienne, dont les chefs luitendaient les bras. Laristocratie sénatoriale et cu-riale nétait quun fantôme : le clergé devint laris-tocratie réelle; il ny avait point de peuple romain;il y eut un peuple chrétien. Cest de celui- quenous nous occuperons dans notre prochaine réunion.

TROISIÈME LEÇON.

Objet de la leçon.Variété des principes et des formes de la société religieuse en Europe. Classification des divers systèmes,1 o quant aux rapports de l'Église avec l'État; 2o quant à la constitution intérieure de l'Église. Tous ces systèmes préten-dent remonter à l'Église primitive. Examen critique de ces prétentions. Elles ont toutes une certaine mesure de légi-timité. Fluctuation et complexité de la situation extérieure et du régime intérieur de la société chrétienne du 1 er auve siècle.Tendances dominantes. Faits qui avaient prévalu au v« siècle. Causes de liberté dans l'Eglise à cette époque. De l'élection des évoques. Des conciles. Comparaison de la société religieuse et de la société civile. De la vie deschefs de ces deux sociétés. Lettres de Sidoine Apollinaire.

Messieurs,

Cest de létat de la société religieuse au v" siècleque nous avons à nous occuper aujourdhui. Je nai

pas besoin de vous rappeler la grandeur du rôlequelle a joué dans lhistoire de la civilisation mo-derne; cest un fait évident et convenu. Ce nest pasla première fois que ce fait sest reproduit; il y a eu