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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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SIXIÈME

nombre dautres ouvrages du même temps et du :même genre. Jai choisi les plus remarquables , lesplus caractéristiques, les plus propres à faire bienconnaître létat des esprits à cette époque, et leur ac-tivité. Elle était grande; exclusivement concentrée,il est vrai, dans la société religieuse; ce que lan-cienne philosophie conservait de force et de vie,passait au service des chrétiens ; cétait sous la formereligieuse, et au sein même du christianisme que sereproduisaient les idées, les écoles, toute la sciencedes philosophes; mais à cette condition elles occu-paient encore les esprits, etjouaient, dans létat mo-ral de la société nouvelle, un rôle important.

Cest le mouvement que vinrent arrêter linva-sion des Barbares et la chute de lempire romain :cent ans plus tard, on ne trouve plus aucune tracede ce que je viens de mettre sous vos yeux, ces dis-cussions, ces voyages, ces correspondances, ces pam-phlets, toute celte activité intellectuelle de la Gaule,au vu 0 siècle, il nen est plus question.

La perte fut-elle grande? linvasion des Barbaresétouffa-t-elle un mouvement important et fécond?Jen doute fort. Bappelez-vous, je vous prie, ce quejai eu lhonneur de vous dire sur le caractère essen-tiellement pratique du christianisme ; le progrès in-tellectuel, la science proprement dite, nétait pointson but; et bien quil se rattachât, sur plusieurspoints, à lancienne philosophie, bien quil sût sap-proprier ses idées et en tirer bon parti, il ne sin-quiétait guère de la continuer, ni de la remplacer :changer les mœurs, gouverner la vie, telle était lapensée dominante de ses chefs.

De plus, malgré la liberté desprit qui régnait enfait, au v° siècle, dans la société religieuse, le prin-cipe de la liberté riy était point en progrès; cétaitau contraire le principe de lautorité, de la domina-tion officielle des intelligences, par une règle géné-rale et fixe, qui tendait à prévaloir. Encore réelle etforte, la liberté intellectuelle était pourtant en déca-

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dence : lavenir appartenait à lautorité. Le fait estévident, les écrits du temps le prouvent à chaquepage. Tel était, dailleurs, le résultat presque néces-saire de la nature de la réforme chrétienne : plusmorale que scientifique, elle se proposait surtoutdétablir une loi, de régir les volontés ; cétait doncsurtout dautorité quelle avait besoin; lautorité,dans un pareil étal de mœurs, était son plus sûr, sonplus efficace moyen.

Or, messieurs, ce que linvasion des Barbares etla chute de lempire romain arrêtèrent surtout, dé-truisirent même, ce fut le mouvement intellectuel;ce qui restait de science, de philosophie, de libertédesprit au v 6 siècle, disparut sous leurs coups. Maisle mouvement moral, la réforme pratique du chris-tianisme, et létablissement officiel de son autoritésur les peuples,nen furent point frappés; peut-êtremême y gagnèrent-ils au lieu dy perdre; cest dumoins, je crois, ce que lhistoire de notre civilisation,à mesure que nous avancerons dans son cours, nouspermettra de conjecturer.

Linvasion des Barbares ne tua donc point ce quiavait vie ; au fond, lactivité et la liberté intellectuel-les étaient en décadence; tout porte à croire quellesse seraient arrêtées delles-mêmes; les Barbares lesarrêtèrent plus durement et plus tôt. Cest, jecrois, tout ce quon peut leur imputer.

Nous voici arrivés, messieurs, dans les limites dumoins nous devons nous renfermer, au terme dutableau de la société romaine en Gaule, au moment elle est tombée : nous la connaissons, sinon com-plètement, du moins sous ses traits essentiels. Pournous bien préparer à comprendre la société qui luisuccéda, nous avons maintenant à étudier lélémentnouveau qui vint sy mêler, les Barbares. Leur étatavant linvasion, avant quils fussent venus boulever-ser la société romaine, et changer eux-mêmes sousson influence, tel sera lobjet de notre prochaineréunion.