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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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VINGT-CINQUIÈME LEÇON.

elles sadressent à tout le territoire, et sont obliga-toires pour tous.

A parler en général et en négligeant les excep-tions, cest surtout en matière de droit civil et pénalque règne, dans la législation de cette époque, ladiversité selon les races; lunité est complète dansla législation religieuse, et tend à prévaloir dans lalégislation politique qui tombe sous linfluence dupouvoir central.

Tels sont les caractères généraux de la législationau commencement du ix siècle : je passe tout àcoup au commencement du xi 6 , terme auquel sar-rête lépoque que nous étudions, et le régimeféodal a pris en France sa consistance définitive,et possède vraiment la société. Quelle métamor-phose sest opérée dans les lois!

Leur diversité selon les races a disparu. Il enreste bien encore quelques traces; on entend encoreparler de la loi saxonne, salique, lombarde; maisce ne sont plus que des cas rares, le retentissementdun ordre de choses qui séteint. Les lois varient,non plus selon les races, mais dune part selon lesconditions, de lautre, selon les lieux. La législa-tion, de personnelle quelle était, est devenue socialeet territoriale. Il y a des lois différentes pour dif-férentes espèces de propriété, différents degrés deliberté. Dans chaque petit État formé par la sub-division féodale du territoire, naissent aussi deslois particulières. La diversité des races est rem-placée par celle des classes et des lieux. Aux loisnationales ont succédé les privilèges et les coutumes.Cest le premier caractère, le trait essentiel de lanouvelle physionomie qua prise la législation.

Un autre grand changement sy est aussi opéré.Vous venez de voir quau commencement du ix e siè-

cle, lunité du pouvoir impérial était, malgré lavariété des lois nationales, un principe dunité dansles lois. Au commencement du xi, rien de pareilnexiste plus; il ny a plus de pouvoir législatifcentral, général; la variété des lois qui sétablissentselon les conditions et selon les lieux, cest-à-diredes privilèges et des coutumes, nest plus combattuepar aucun principe dunité puisé dans une sphèresupérieure. Il ne reste plus dunité que dans la lé-gislation de lÉglise, seule placée au-dessus de toutesles diversités.

Voici donc à quoi se réduisent les grandes révolu-tions survenues dans la législation du ix' au xi c siè-cle : 1° la législation selon les races a été remplacéepar la législation selon les conditions sociales et leslieux; 2° le pouvoir législatif central, et lunité quien résultait dans certaines parties de la législation,surtout dans la législation politique, ont disparu.

Cest la transformation dont lhistoire de lalégislation du ix' au xi c siècle doit rendre compte.Essayons den démêler le cours.

Je vous ai déjà indiqué, dune manière générale,les monuments législatifs qui nous restent de cetteépoque; ce sont les capitulaires des rois Carlovin-giens. Vous vous rappelez lanalyse à laquelle jaisoumis ceux de Charlemagne, et les résultats quejen ai tirés. Je les ai classés sous huit chefs prin-cipaux : 1 ° législation morale; 2° législation poli-tique; 3° législation pénale; 4 législation civile;5° législation religieuse; 6" législation canonique;7 législation domestique; 8° législation de circon-stance. Jai appliqué aux capitulaires des succes-seurs de Charlemagne la même méthode. Voici lestableaux que jen ai dressés, et lhistoire de celtelégislation doit se révéler.