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TRENTIEME LEÇON.
littérature, dans toutes les parties, en un mot, dela vie sociale et intellectuelle, la civilisation romaines’est perpétuée fort au delà de l’empire; qu’on peuten retrouver partout la trace; qu’aucun abîme nesépare le monde romain et le monde moderne; quele fil peut se renouer dans toutes les carrières; qu’onpeut reconnaître partout la transition de la sociétéromaine à la nôtre; que la part, en un mot, de lacivilisation ancienne, dans la civilisation moderne,est plus grande et plus continue qu’on ne le pensecommunément.
Un second résultat sort également de nos travaux,et caractérise l’époque qui en est l’objet. Pendanttoute celte époque, du v e au x e siècle, nous n’avonspu nous arrêter nulle part; nous n’avons pu trou-ver, ni dans l’ordre social, ni dans l’ordre intellec-tuel, aucun système, aucun fait qui devînt fixe, quiprît possession stable, générale, régulière, de lasociété ou des esprits. Une fluctuation continuelle,universelle, un état permanent d’incertitude, detransformation, c’est là le fait général dont nousavons été frappés. C’est donc du v' au x' siècle ques’est opéré le travail de fermentation et d’amalgamedes trois grands éléments de la civilisation mo-derne, l’élément romain, l’élément chrétien et l’é-lément germain; et c’est seulement à la fin du
x° siècle que la fermentation a cessé, que l’amal-game a été à peu près accompli, qu’a commencé ledéveloppement de l’ordre nouveau, de la sociétévraiment moderne.
L’histoire dont nous venons de nous occuper estdonc l’histoire de sa conception même, de sa créa-tion. Toutes choses sortent du chaos, la société mo-derne en est sortie aussi. Ce que nous avons étudiécette année, c’est le chaos, berceau de la France.Ce que nous aurons à étudier désormais, c’est laFrance même. A partir seulement de la fin dux c siècle, l’être social qui porte ce nom , pour ainsidire, est formé; il existe; on peut assister à son dé-veloppement propre et extérieur. Ce développementméritera, pour la première fois, le nom de civilisa-tion française : jusqu’à présent nous avons parlé dela civilisation gauloise, romaine, franque, gallo-romaine, gallo-franque; nous avons été obligésd’allier des noms étrangers pour caractériser, avecquelque justesse, une société sans unité et sans en-semble. Quand nous nous retrouverons dans cetteenceinte, messieurs, ce sera pour parler de la civi-lisation française : nous datons de là; ce ne seraplus de Gaulois, de Francs, de Romains, mais deFrançais, de nous-mêmes qu’il sera question.
(Applaudissements prolongés.)
GllZOT.
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