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CIVILISATION EN FRANCE. — LEÇONS I A XXX.
« Grecs, s’écria-t-il, nous connaissons bien votre as-» tuce et votre perfidie dans les affaires. » Nousprotestâmes que jamais on n’avait imposé à des am-bassadeurs l’obligation de dévoiler l’objet de leurmission avant d’avoir été admis dans la présence deceux à qui ils étaient envoyés ; nous ajoutâmes queles Scythes devaient le savoir, puisqu’ils avaientsouvent envoyé des députés à l’empereur, et quenous devions jouir en toute sûreté des mêmes droits;que, sans cela, les privilèges des ambassadeursseraient violés. Ils s’en allèrent aussitôt trouver At-tila, et, revenus bientôt après, mais sans Edecon,ils nous dirent ouvertement tout ce que contenaientnos ordres, et nous enjoignirent de partir sur-le-champ, si nous n’avions rien de plus à traiter aveceux.
Ces paroles nousjetèrent dansunegrandeanxiété;nous ne pouvions concevoir comment avaient été dé-couverts et dévoilés les projets de l’empereur, queles dieux mêmes ne pourraient pénétrer; aussi ju-geâmes-nous à propos de ne rien montrer de nosordres , avant qu’on nous eût permis de voir Attila.Nous répondîmes : « Quel que soit le but de notre» mission, que nous soyons venus pour traiter de ce» que vous venez de dire, ou de toute autre chose,» cela ne regarde que votre chef, et nous sommes» décidés à ne point nous en entretenir avec d’autres» que lui. » Ils nous renouvelèrent alors l’ordre departir aussitôt.
Pendant que nous faisions nos préparatifs dedépart, Vigile nous reprocha la réponse que nousvenions de faire aux Scythes : « Il eût beaucoup» mieux valu mentir, dit-il, que de s’en retourner» sans avoir rien fait; si je m’étais entretenu avec» Attila, je l’aurais facilement détourné de faire la» guerre aux Romains; je lui ai rendu autrefois» plusieurs services, et je lui ai été fort utile, lors» de l’ambassade d’Anatolius; Edecon est du même» avis que moi. » Qu’il dît vrai ou faux, il n’avaitd’autre intention que de profiter de l’ambassadepour trouver une occasion de faire tomber Attiladans le piège convenu , et pour rapporter l’or dontEdecon avait dit qu’il avait besoin pour le partagerentre certains guerriers. Mais Vigile ignorait qu’ilétait trahi; Edecon, en effet, soit qu’il craignîtqu’Oreste ne rapportât à Attila ce qui avait été ditau souper de Sardica, ou ne l’accusât d’avoir eu desentretiens secrets avec l’empereur et Chrysaphe,avait révélé à Attila la conjuration formée contresa vie, et l’avait instruit de la quantité d’or qu’on
b environ neuf lieues du Danube : le grand nombre de bateaux déjà pré-parés sur le Danube pour le passage des troupes, et la multitude deBarbares qu’avalent rencontrés les ambassadeurs, me portent b croirequ’en effet elles n’en étaient pas plus éloignées.
(t) I.es carpes du Danube étaient célèbres h cette époque et faisaient
devait fournir pour ce dessein, ainsi que de tousles objets que nous devionstraiter dans notre ambas-sade.
Forcés donc de nous mettre en route, malgré l’ap-proche de la nuit, nous apprêtions nos chevaux,lorsque des Barbares vinrent nous dire qu’Attilanous ordonnait de rester, à cause delà nuit qui s’op-posait à notre départ. A l’endroit même d’où nousallions nous éloigner, arrivèrent aussitôtdes hommesqui nous amenaient un bœuf, et nous apportaientdes poissons du Danube, qu’Attila nous envoyait.Après avoir soupé (1), nous nous endormîmes.Quand le jour parut, nous espérions qu’Attila se se-rait radouci, et nous ferait donner quelque réponsefavorable; mais les mêmes Barbares vinrent nousrépéter de sa part l’ordre de nous en aller, si nousn’avions à lui parler d’aucune autre affaire que decelles dont il était déjà instruit. Nous ne répondîmesrien, et nous disposâmes à nous mettre en route,quoique Vigile fit tous ses efforts pour nous engagerà dire que nous avions à entretenir Attila de chosesqui l’intéressaient beaucoup.
Comme je voyais Maximin désolé, je pris avecmoi Rusticus qui entendait la langue des Barbares;il nous avait accompagnés en Scylhie, non à causede l’ambassade, mais pour des affaires particulièresqu’il avait auprès de Constance, Italien d’origine,qu’Aétius, général des Romains occidentaux, avaitenvoyé à Attila pour lui servir de secrétaire. J’allaitrouver Scotta (Onégèse étant absent), et je lui dis,par l’intermédiaire de Rusticus, qu’il recevrait deMaximin beaucoup de riches présents, s’il voulaitlui procurer en toute sûreté une entrevue avec At-tila. J’ajoutais que l’ambassadeur avait à parler dechoses qui devaient être fort avantageuses non-seu-lement aux Romains, mais aussi aux lluns; que sonambassade serait très-profitable à Onégèse lui-même,car l’empereur demandait qu’Attila l’envoyât à sacour pour y terminer les différends des deux na-tions, et qu’il en reviendrait comblé des dons lesplus magnifiques; je lui fis observer que, puisqueOnégèse était absent, il ne devait pas faire moinsque son frère dans une affaire aussi importante. «Je» sais, lui dis-je, qu’Altila a aussi en vous une» grande confiance, mais on ne peut raisonnable-» ment en croire ce qu’on a entendu dire, et c’est à» vous à nous montrer par le fait ce qu’Attila vous» accorde de faveur. — Soyez sans inquiétude, me» dit aussitôt le Barbare; qu’il faille ou parler ou» agir, j’ai auprès d’Attila autant de crédit que mon
partie du luxe de la table des Barbares. Cassiodore dit : Privati ett hàberequod locus con(inef;in principali convivio hoc decet exquiri quod ut»umdebeat admtrari. Dextinel carpam Danubius , a lîheno vtniat ancorago.[P'ar., I. xi!, ep. 4.)