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Cours d'histoire moderne / par M. Guizot. / Histoire générale de la civilisation en Europe, depuis la chute de l'Empire romain jusqu'à la Révolution française
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CIVILISATION EN FRANCE.

TRENTE-SIXIÈME LEÇON.

Efforts des possesseurs de fiefs pour peupler et animer lintérieur du château, Moyens qui se présentent pour atteindre à cebut. Des offices donnés en fief. De léducation des fils des vassaux dans le château du suzerain. De ladmission dujeune homme parmi les guerriers, dans lancienne Germanie. Ce fait se perpétue après linvasion. Double origine de lachevalerie. Fausse idée qu'on sen est formée. - La chevalerie est née simplement, sans dessein , dans l'intérieur deschâteaux, et par suite , soit des anciennes coutumes germaines, soit des relations du suzerain avec ses vassaux. Influencede la religion et du clergé sur la chevalerie. Cérémonies de la réception des chevaliers. Leurs serments. Influencede l'imagination et de la poésie sur la chevalerie. Son caractère moral et son importance sous ce rapport. Commeinstitution , elle est vague et sans consistance. Prompte décadence de la chevalerie féodale. Elle enfante les ordres :1° de chevalerie religieuse ; 2o de chevalerie de cour.

Messieurs,

Lisolement et loisiveté, tels sont, vous lavezvu, les traits les plus saillants de la situation dupossesseur de fief dans son château, leffet natureldes circonstances matérielles au milieu desquellesil se trouvait placé. De, vous lavez vu aussi, deuxrésultats contradictoires en apparence, et qui cepen-dant se concilièrent merveilleusement : dune part,le besoin, la passion de cette vie de courses, deguerre, de pillage, daventures, qui caractérise lasociété féodale; dautre part, la puissance de la viedomestique, le progrès de la condition des femmes,de lesprit de famille et de tous les sentiments quisy rattachent. Sans préméditation, par le seul effetde leur situation et des mœurs quelle provoquait,les possesseurs de fiefs cherchaient à la fois au loinet au dedans de leur demeure, dans les chances lesplus orageuses, les plus imprévues, et dans les in-térêts les plus rapprochés, les plus habituels, dequoi remplir leur vie et occuper leur âme, une dou-ble satisfaction à ce besoin de société et dacti-vité, lun des plus puissants instincts de notre na-ture.

Ni lun ni lautre de ces moyens ne pouvait suffire.Ces guerres, ces aventures, qui aujourdhui, à septou huit siècles de distance, nous paraissent à noussi multipliées, si continuelles, étaient probable-ment, aux yeux des hommes du xi* siècle, rares,bientôt terminées, des accidents passagers. Les jour-nées sont bien nombreuses et bien longues pour quina rien à faire, rien de nécessaire, de régulier, depermanent. La famille, dans ses limites propres et

naturelles, réduite à la femme et aux enfants, nesuffisait pas non plus à les remplir. Des hommes demœurs si rudes et dun esprit si peu développé,avaient bientôt épuisé les ressources quils y pou-vaient trouver. Cest le résultat dune civilisationtrès-avancée de féconder, pour ainsi dire, la naturesensible de lhomme et den faire naître mille moyensdoccupation et dintérêt. Cette abondance moraleest inconnue aux sociétés naissantes; les sentimentsy sont forts, mais brusques et courts, pour ainsidire; ils exercent sur la vie plus dempire quils nytiennent de place. Les relations domestiques, aussibien que les aventures extérieures, laissaient à coupsûr, dans le temps et lâme des possesseurs de fiefsdu xi e siècle, un grand vide à combler.

On devait chercher, on chercha en effet à le com-bler, à animer, à peupler le château, à y attirer lemouvement social qui y manquait. On en trouva lesmoyens.

Vous vous rappelez la vie quavant linvasion lesguerriers germains menaient autour de leurs chefs;celle vie toute de banquets, de jeux, de fêtes, etqui se passait presque toujours en commun :

Des repas, dit Tacite, des banquets mal apprêtes, maisabondants, leur tiennent lieu de solde... Passer le jour et lanuit à boire nest honteux pour personne... Ils traitent le plussouvent dans les banquets, des ennemis à réconcilier, desalliances à former, des chefs à choisir, de la paix et de laguerre (1).

Après linvasion et létablissement territorial,

(t) Tac., de .Vont», Germ,, c. xiv, xxn.