ACTE IV, SCÈNE iJl.
Si la vertu se perd quand on gagne l’empire,Lorsque vous régnerez, que serez-vous, hélas !Si vous êtes cruel quand vous ne régnez pas?
l’OCVMCE.
Ah! si je suis cruel, on me force de l’être;
Et de mes actions je ne suis pas le maître.
J’ai honte des horreurs où je me vois contraint ;Et c’est injustement que le peuple me craint.Mais il faut en effet soulager ma patrie;
De ses gémissements mon âme est attendrie.Trop de sang innocent se verse tous les jours ;il faut de ses malheurs que j’arrête le cours;
Et, sans faire gémir ni Thèbes ni la Grèce,
A l’auteur de mes maux il faut que je m’adresse11 suffit aujourd’hui de son sang ou du mien.
jocaste.
Du sang de votre frère!
I'oli Mer:.
Oui, madame, du sien :Il faut finir ainsi cette guerre inhumaine.
Oui, cruel, et c’est là le dessein qui m’amène;Moi-même à ce combat j’ai voulu t’appeler :
A tout autre qu’à toi je craignais d’en parler;Tout autre aurait voulu condamner ma pensée,Et personne en ces lieux ne te l’eût annoncée.
Je te l’annonce donc. C’est à toi de promerSi ce que tu ravis tu le sais conserver.Montre-toi digne enfin d’une si belle proie.
KTÉOCLE.
J’accepte ton dessein, et l’accepte avec joie;Créon sait là-dessus quel était mon désir :J’eusse accepté le trône avec moins de plaisir.
Je te crois maintenant digne du diadème ;
Je te le vais porter au bout de ce ter même.
JOCASTE.
Hàtez-vous donc, cruels, de me percer le sein,Et commencez par moi votre horrible dessein :Ne considérez point que je suis \otre mère,Considérez en moi celle de votre frère.
Si de votre ennemi vous recherchez le sang,