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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ALEXANDRE.

CLÉOFILE.

Qu’enteiuls-je !

Él'HESTION.

Oui, seigneur, il est moi11 s’est livré lui-même aux rigueurs de son sort.

Porus était vaincu : mais, au lieu de se rendre ;

Il semblait attaquer, et non pas se défendre.

Ses soldats, à ses pieds étendus et mourants,

Le mettaient à l’abri de leurs corps expirants.

Là, comme dans un fort, son audace enferméeSe soutenait encor contre toute une armée;

Et, d’un bras qui portait la terreur et la mort,

Aux plus hardis guerriers en défendait l’abord.

Je l’épargnais toujours. Sa vigueur affaiblieBientôt en mon pouvoir aurait laissé*sa vie;

Quand sur ce champ fatal Taxile descendu :

« Arrêtez, c’est à moi que ce captif est dil.

« C’en est fait, a-t-il dit, et ta perte est certaine ,

« Porus ; il faut périr ou me céder la reine. »

Porus, à cette voix ranimant son courroux,

A relevé ce bras lassé de tant de coups ;

Et cherchant son rival d’un (cil fier et tranquille :

« N’entends-je pas, dit-il, l’infidèle Taxile ,

« Ce traître à sa patrie, à sa maîtresse, à moi:’

« Viens , lâche, poursuit-il ; Axiane est à toi :

« Je veux bien te céder cette illustre conquête;

« Mais il faut que ton bras l’emporte avec ma tête.

« Approche. » A ce discours, ces rivaux irritésL’un sur l’autre à la fois se sont précipités,

Nous nous sommes en foule opposés à leur rage :

Mais Porus parmi nous court et s’ouvre un passage,Joint Taxile, le frappe, et, lui perçant le co ur,

Content de sa victoire, il se rend au vainqueur.

CLÉOEILE.

Seigneur, c’est donc à moi de répandre des larmes,C’est sur moi qu’est tombé tout le faix de vos armes.Mon frère a vainement recherché votre appui ;

Et votre gloire, hélas ! n’est funeste qu’à lui.

Que lui sert au tombeau l’amitié d’Alexandre?

Sans le venger, seigneur, l’y verrez-vous descendre?