329
ACTE TI, SCÈNE T1I.
Son esclave trouva grâce devant ses yeux ;
Et, sans subir le joug d’un hymen nécessaire,
Il lui fit de son cœur un présent volontaire.
ACOMAT.
Mais vous aimez Roxane.
BAJAZET.'
Acomat, c’est assez.
Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez.La mort n’est point pour moi le comble des disgrâces ;J’osai, tout jeune encor, la chercher sur vos traces,
Et l’indigne prison où je suis renferméA la voir de plus près m’a même accoutumé ;
Amurat à mes yeux l’a vingt fois présentée :
Elle finit le cours d’une vie agitée.
Hélas ! si je la quitte avec quelque regret...Pardonnez, Acomat; je plains avec sujetDes cœurs dont les bontés trop mal récompenséesM’avaient pris pour objet de toutes leurs pensées.
ACOMAT.
Ah! si nous périssons, n’en accusez que vous,Seigneur : dites un mot, et vous nous sauvez tous.Tout ce qui reste ici de braves janissaires,
De la religion les saints dépositaires,
Du peuple byzantin ceux qui plus respectésPar leur exemple seul règlent ses volontés,
Sont prêts de vous conduire à la porte sacréeD’où les nouveaux sultans font leur première entrée.
BAJAZET.
Eh bien, brave Acomat, si je leur suis si cher,
Que des mains de Roxane ils viennent m’arracher :
Du sérail, s’il le faut, venez forcer la porte ;
Entrez accompagné de leur vaillante escorte-J’aime mieux en sortir sanglant, couvert de coups,Que chargé malgré moi du nom de son époux.Peut-être je saurai, dans ce désordre extrême,
Par un beau désespoir me secourir moi-même ;Attendre, en combattant, l’effet de votre foi,
Et vous donner le temps de venir jusqu’à moi.
ACOMAT.
Hé ! pourrai-je empêcher, malgré ma diligence,
Que Roxane d’un coup n’assure sa vengeance ?
28 .