339
ACTE 111, SCÈNE IV.
ZAÏRE.
Mais ce succès, madame, est encore incertain.Attendez.
ATAl.IDE.
Non, vois-tu, je le nîrais en vain.
Je ne prends point plaisir à croître ma misère ;
Je sais pour se sauver tout ce qu’il a dû faire.Quand mes pleurs vers Roxane ont rappelé ses pas,Je n’ai point prétendu qu’il ne m’obéît pas :
Mais après les adieux que je venais d’entendre,Après tous les transports d’une douleur si tendre,
Je sais qu’il n’a point dû lui faire remarquerLa joie et les transports qu’on vient de m’expliquer.Toi-môme juge-nous, et vois si je m’abuse.Pourquoi de ce conseil moi seule suis-je excluse?
Au sort de Bajazet ai-je si peu de part?
A me chercher lui-même attendrait-il si tard,
N’était que de son cœur le trop juste reprocheLui fait peut-être, hélas! éviter cette approche?Mais non, je lui veux bien épargner ce souci :
11 ne me verra plus.
ZAÏRE.
Madame, le voici.
SCENE IV.
BAJAZET, ATALIDE, ZAÏRE.
RAJAZET.
C’en est fait, j’ai parlé, vous êtes obéie.
Vous n’avez plus, madame, à craindre pour ma vie;Et je serais heureux, si la foi, si l’honneur,
Ne me reprochaient point mon injuste bonheur ;
Si mon cœur, dont le trouble en secret me condamne,Pouvait me pardonner aussi bien que Roxane.
Mais enfin je me vois les armes à la main :
Je suis libre, et je puis contre un frère inhumain,
Non plus par un silence aidé de votre adresse,
Disputer en ces lieux le cœur de sa maîtresse,
Mais par de vrais combats, par de nobles dangers,Moi-même le cherchant aux climats étrangers,
Lui disputer les cœurs du peuple et de l’armée,