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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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MITHR1DATE.

i ! 8

« Le sang et la fureur m’emportent trop avant.

« Ne livrons pas surtout Mifhridate vivant. »Aussitôt dans son sein il plonge son épée.

Mais la mort fuit encor sa grande âme trompée.

Ce héros dans mes luas est tombé tout sanglant,Faible, et qui s’irritait contre un trépas si lent ;

Et, se plaignant à moi de ce reste de vie,

Il soulevait encor sa main appesantie,

Et, marquant à mon bras la place de son eu tir,Semblait d’un coup plus sur implorer la faveur.Tandis que, possédé de ma douleur extrême,

Je songe bien plutôt à me percer moi-même,

De grands cris ont soudain attiré mes regards ;

J’ai vu, qui l’aurait cru? j’ai vu de toutes partsVaincus et renversés les Romains et Pliarnace,Fuyant vers leurs vaisseaux, abandonner la place;Et le vainqueur, vers nous s’avançant de plus près,A mes yeux éperdus a montré Xipharès.

Juste ciel !

SOMME.

AUBATE.

Xipharès toujours resté fidèle,

Et qu’au fort du combat une troupe rebelle,

Par ordre de son frère, avait enveloppé,

Mais qui, d’entre leurs bras à la fin ' ',

Forçant les plus mutins, et regagnant le reste,Heureux et plein de joie en ce moment funeste,

A travers mille morts, ardent, victorieux,

S’état fait vers son père un chemin glorieux.

Jugez de quelle horreur cette joie est suivie :

Son bras aux pieds du roi Fallait jeter sans vie ;

Mais on court, on s’oppose à son emportement.

Le roi m’a regardé dans ce triste moment,

Et m’a dit, d’une voix qu’il poussait avec peine :

« S’il en est temps encor, cours, et sauve la reine. »Ces mots m’ont fait trembler pour vous, pour XipharJ’ai craint, j’ai soupçonné quelques ordres secrets.Tout lassé que j’étais, ma frayeur et mon zèleM’ont donné pour courir une force nouvelle;

Et, malgré nos malheurs, je me tiens trop heureuxD’avoir paré le coup qui vous perdait tous deux.