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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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IPHIGENIE.

Gardez-vous de réduire un peuple furieux,

Seigneur, à prononcer entre vous et les dieux.!\’est-ce pas vous enfin de qui la voix pressanteNous a tous appelés aux campagnes du Xanthe ;

Et qui de ville en ville attestiez les sermentsQue d’Hélène autrefois firent tous les amants,

Quand presque tous les Grecs, rivaux de votre frèreLa demandaient en foule à Tvndare, son père?

De quelque heureux époux que l’on dût faire choix ,Nous jurâmes dès lors de défendre ses droits ;

Et, si quelque insolent lui volait sa conquête,

Nos mains du ravisseur lui promirentja tète.

Mais sans vous, ce serment que l’amour a dicté,Libres de cet amour, l’aurions-nous respecté?

Vous seul, nous arrachant à de nouvelles flammes,Nous avez fait laisser nos enfants et nos femmes.

Et quand, de toutes parts assemblés en ces lieux,L’honneur de vous venger brille seul à nos yeux ;Quand la Grèce, déjà vous donnant son suffrage,Vous reconnaît l’auteur de ce fameux ouvrage ;

Que ses rois, qui pouvaient vous disputer ce rang,Sont prêts pour vous servir de verser tout leur sangLe seul Agamemnon, refusant la victoire,

N’ose d’un peu de sang acheter tant de gloire;

Et, dès le premier pas, se laissant effrayer,

Ne commande les Grecs que pour les renvoyer!

AGAMEMNON.

Ah seigneur! qu’éloigné du malheur qui m’opprime,Votre cœur aisément se montre magnanime !

Niais que, si vous voyiez ceint du bandeau mortelVotre fils Télémaque approcher de l’autel,

Nous vous verrions, troublé de cette affreuse image,Changer bientôt en pleurs ce superbe langage,Eprouver la douleur que j’éprouve aujourd’hui,

Et courir vous jeter entre Caichas et lui !

Seigneur, vous le savez, j’ai donné ma parole;lit si ma fille vient, je consens qu’on l’immole :Mais, malgré tous nies soins, si son heureux destinLa relient dans Argos, ou l’arrête en chemin,Souffrez <pie, sans presser ce barbare spectacle,

En faveur de mon sang j’explique cet obstacle,