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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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IPHIGÉNIE.

Un gage à votre amour, qu’il me doit accorder.

Je viens vous présenter une jeune princesse :

Le ciel a sur son front imprimé sa noblesse.

De larmes tous les jours ses yeux sont arrosés;

Vous savez ses malheurs, vous les avez causés.Moi-même, (où m’emportait une aveugle colère!)

J’ai tantôt, sans respect, affligé sa misère.

Que ne puis-je aussi bien, par d’utiles secours,

Réparer promptement mes injustes discours!

Je lui prête ma voix, je ne puis davantage.

Vous seul pouvez, seigneur, détruire votre ouvrage :

Elle est votre captive; et ses fers que je plains,

Quand vous l’ordonnerez, tomberont de ses mains.Commencez donc par là cette heureuse journée.

Qu’elle puisse à nous voir n ôtre plus condamnée.

Montrez que je vais sui\re au pied de nos autelsUn roi qui, non content d’effrayer les mortels,

A des embrassements ne borne point sa gloire,

Laisse aux pleurs d’une épouse attendrir sa victoire,

Et, par les malheureux quelquefois désarmé,

Sait imiter en tout les dieux qui l’ont formé.

ÉRII’IULE.

Oui, seigneur, des douleurs soulagez la plus vive.

La guerre dans Lesbos me fit votre captive :

Mais c’est pousser trop loin ses droits injurieuxQu’y joindre le tourment que je souffre en ces lieux.

ACHILLE.

Vous, madame ?

ÉRIl'HILE.

Oui, seigneur; et, sans compter le reste,Pouvez-vous m’imposer une loi plus funesteQue de rendre mes yeux les tristes spectateursDe la félicité de mes persécuteurs ?

J’entends de toutes parts menacer ma patrie ;

Je vois marcher contre elle une armée en furie;

Je vois déjà l’hymen, pour mieux me déchirer,

Mettre en vos mains le feu qui la doit dévorer.

Souffrez que, loin du camp et loin de votre vue,

Toujours infortunée et toujours inconnue,

J’aille cacher un sort si digne de pitié,

Et dont mes pleurs encor vous taisent la moitié.