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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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T PTT I GÉNIE.

Ni crainte ni respect ne m’en peut détacher :

De mes bras tout sanglants il faudra l’arracher.

Aussi barbare époux qu’impitoyable père,

Venez, si vous l’osez, la ravir à sa mère.

Et vous, rentrez, ma fdle ; et du moins à mes loisObéissez encor pour la dernière fois.

SCÈNE V.

AGAMEMNON.

A de moindres fureurs je n’ai pas dû m’attendre ;Voilà, voilà les cris que je craignais d’entendre.Heureux si, dans le trouble où flottent mes esprits,

Je n’avais toutefois à craindre que ces cris !

Ilélas! en m’imposant une loi si sévère,

Grands dieux ! me deviez-vous laisser un coeur de père

SCÈNE VI.

AGAMEMNON, ACHILLE.

ACHILLE.

Un bruit assez étrange est venu jusqu’à moi,

Seigneur; je l’ai jugé trop peu digne de foi.

On dit, et sans horreur je ne puis le redire,Qu’aujourd’hui par votre ordre Iphigénie expire;

Que vous-même, étouffant tout sentiment humain,Vous l’allez à Calchas livrer de votre main :

On dit que sous mon nom à l’autel appeléeJe ne l’y conduisais que pour être immolée;

Et que, d’un faux hymen nous abusant tous deux,Vous vouliez me charger d'un emploi si honteux.

Qu’en dites-vous, seigneur? Que faut-il que j’en penseNe ferez-vous pas taire un bruit qui vous offense ?

AGAMEMNON.

Seigneur, je ne rends point compte de mes desseins.Ma fille ignore encor mes ordres souverains ;

Et, quand il sera temps qu’elle en soit informée,

Vous apprendrez son sort : j’en instruirai l’armée.

ACHILLE.

Ab ! je sais trop le sort que vous lui réservez.