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ACTE TI, SCÈNE I.
AlilCIE.
Croirai-je qu’un mortel, avant sa dernière heure,Peut pénétrer des morts la profonde demeure?
Quel charme l’attirait sur ces bords redoutés?
ISMÈNE.
Thésée est mort, madame, et vous seule en doutez :Athènes en gémit ; Trézène en est instruite,
Et déjà pour son roi reconnaît Hippolyte.
Phèdre, dans ce palais, tremblante pour son fils,
De ses amis troublés demande les avis.
AlilCIE.
Et tu crois que, pour moi [dus humain que son père,Hippolyte rendra ma chaîine plus légère,
Qu’il plaindra mes malheurs?
ISMÈNE.
Madame , je le croi.
ARICIE.
L’insensible Hippolyte est-il connu de toi?-Sur quel frivole espoir penses-tu qu’il me plaigne,
Et respecte en moi seule un sexe qu’il dédaigne?
Tu vois depuis quel temps il évite nos pas,
Et cherche tous les lieux où nous ne sommes pas.
ISMÈNE.
Je sais de ses froideurs tout ce que l’on récite :
Mais j’ai vu près de vous ce superbe Hippolyte ;
Et même, en le voyant, le bruit de sa fiertéA redoublé pour lui ma curiosité.
Sa présence à ce bruit n’a point paru répondre :
Dès vos premiers regards je l’ai vu se confondre;
Ses yeux, qui vainement voulaient vous éviter,
Déjà pleins de langueur ne pouvaient vous quitter.
Le nom d’amant peut-être offense son courage,
Mais il en a les yeux, s’il n’en a le langage.
AlilCIE. i
Que mon cœur, chère Ismène, écoute avidementUn discours qui peut-être a peu de fondement!
O toi qui me connais, te semblait-il croyableQue le triste jouet d’un sort impitoyable ,
Un cœur toujours nourri d’amertume et de pleurs,
Dût connaître l’amour et ses folles douleurs?
Reste du sang d’un roi, noble fils de la Terre,