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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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ACTE II, SCÈNE HT.

Puisque j’ai commencé (le rompre le silence,

Madame, il faut poursuivre; il faut vous informerD’un secret que mon cœur ne peut plus renfermer.

Vous voyez devant vous un prince déplorable,

D’un téméraire orgueil exemple mémorable :

Moi qui, contre l’amour fièrement révolté,

Aux' fers de ses captifs ai long-temps insulté ;

Qui, des faibles mortels déplorant les naufrages,Pensais toujours du bord contempler les orages :Asservi maintenant sous la commune loi,

Par quel trouble me vois-je emporté loin de moi !

Un moment a vaincu mon audace imprudente :

Cette âme si superbe est enfin dépendante.

Depuis près de six mois, honteux , désespéré,

Portant partout le trait dont je suis déchiré,

Contre vous, contre moi, vainement je m’éprouve :Présente, je vous fuis ; absente, je vous trouve ;

Dans le fond des forêts votre image me suit ;

La lumière du jour, les ombres de la nuit,

Tout retrace à mes yeux les charmes que j’évite ;

Tout vous livre à l’envi le rebelle Hippolyte.Moi-même, pour tout fruit de mes soins superflus,Maintenant je me cherche, et ne me trouve plus :

Mon arc, mes javelots, mon char, tout m’importune;Je ne me souviens plus des leçons de Neptune;

Mes seuls gémissements font retentir les bois,

Et mes coursiers oisifs ont oublié ma voix.

Peut-être le récit d’un amour si sauvageVous fait, en m’écoutant, rougir de votre ouvrage.D’un cœur qui s’offre à vous quel farouche entretien !Quel étrange captif pour un si beau lien !

Mais l’offrande à vos yeux en doit être plus chère :Songez que je vous parle une langue étrangère ;

Et ne rejetez pas des vœux mal exprimés,Qu’Hippolyte sans vous n’aurait jamais formés.

SCÈNE III.

HIPPOLYTE, ARICIE, THÉRAMÈNE, ISMÈNE.

TIIKRAMKNE.

Seigneur, la reine vient, et je l’ai devancée :

Elle vous cherche.- ,