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Théâtre complet : précédé d'une notice / de J. Racine
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PHEDRE.

Que (lis-je? cet aveu que je le Cens (le faire,

Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?

Tremblante pour un fils (pie je n’osais trahir,

Je te venais prier de ne le point haïr :

Faibles projets d’un cœur trop plein de ce qu’il aime !Hélas! je ne t’ai pu parler que de toi-naème !

Venge-toi, punis-moi d’un odieux amour :

Digne fils du héros qui t’a donné le jour,

Délivre l’univers d’un monstre qui t’irrite.

La veuve de Thésée ose aimer llippolyte !

Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t’échapper :Voilà mon cœur, c’est là que ta main doit frapper.Impatient déjà d’expier son offense,

Au-devant de ton bras je le sens qui s’avance.

Frappe ; ou, si tu le croîs indigne de tes coups,

Si ta haine m’envie un supplice si doux,

Ou si d’un sang trop vil ta main serait trempée ,

Au défaut de ton bras, prête-moi ton épée ;

Donne.

OENONE.

Que faites-vous, madame! Justes dieux!

Mais on vient : évitez des témoins odieux.

Venez, rentrez ; fuyez une honte certaine.

SCÈNE VI.

HIPPOLYTE, THÉRAMÈNE.

THÉRAMÈNE.

Est-ce Phèdre qui fuit, ou plutôt qu’on entraîne?

Pourquoi, seigneur, pourquoi ces marques de douleur ?

Je vous vois sans épée, interdit, sans couleur.

HIPPOLYTE.

Théramène, fuyons. Ma surprise est extrême :

Je ne puis sans horreur me regarder moi-même.

Phèdre... Mais non, grands dieux ! qu’eu un profond oubliCet horrible secret demeure enseveli.

THÉRAMÈNE.

Si vous voulez partir, la voile est préparée :

Mais Athènes, seigneur, s’est déjà déclarée ;

Ses chefs ont pris les voix de toutes ses tribus ;

Votre frère l'emporte, et Phèdre a le dessus.