' 535 PHÈDRE-
Sou trépas à mes pleurs offre assez de matières,Sans que j’aille chercher d’odieuses lumières,
Qui, ne pouvant le rendre à ma juste douleur,Peut-être ne feraient qu’accroître mon malheur.Laissez-moi, loin de vous, et loin de ce rivage,
De mon lils déchiré fuir la sanglante image.
Confus, persécuté d’un mortel souvenir,
De l’univers entier je voudrais me bannir.
Tout semble s’élever contre mon injustice;
L’éclat de mou nom même augmente mon suppliceMoins connu des mortels, je me cacherais mieux.Je hais jusques aux soins dont m’honorent les dieuEt je m’en vais pleurer leurs faveurs meurtrières,Sans plus les fatiguer d’inutiles prières.
Quoi qu’ils fissent pour moi, leur funeste bontéNe me saurait payer de ce qu’ils m’ont ôté.
PHÈDRE.
Non, Thésée, il faut rompre un injuste silence ;il faut à votre (ils rendre son innocence :
Il n’était point coupable.
THÉSÉE.
Ah! père infortuné !
Et c’est sur votre foi que je l’ai condamné!
Cruelle ! pensez-vous être assez excusée ?
PHÈDRE.
Les moments me sont chers; écoutez-moi, Thésée.C’est moi qui, sur ce fils chaste et respectueux,Osai jeter un aûl profane, incestueux.
Le ciel mit dans mon sein une llamme funeste :
La détestable OEnone a conduit tout le reste.
Elle a craint qu’Hippolyte, instruit de ma fureur,Ne découvrît un feu qui lui faisait horreur :
La perfide, abusant de ma faiblesse extrême,
S’est hâtée à vos yeux de l’accuser lui-même.
Elle s’en est punie, et, fuyant mon courroux,
A cherché dans les flots un supplice trop doux.
Le fer aurait déjà tranché ma destinée;
Mais je laissais gémir la vertu soupçonnée :
J’ai voulu, devant vous exposant mes remords,
Par un chemin plus lent descendre chez les morts.J’ai pris, j’ai fait coulel" dans mes bridantes veines