574
ESTEIER.
Et dans ce palais môme, en proie à son courroux,
Le sang de vos sujets regorger jusqu’à vous.
Et que reproche aux Juifs sa haine envenimée?Quelle guerre intestine a*ons-nous allumée?
Les a-t-on vus marcher parmi vos ennemis?
Fut-il jamais au joug esclaves plus soumis?
Adorant dans leurs fers le Dieu qui les châtie,Pendant que votre main sur eux appesantieA leurs persécuteurs les livrait sans secours,
Ils conjuraient ce Dieu de veiller sur vos jours,
De rompre des méchants les trames criminelles,
De mettre votre trône à l’ombre de ses ailes.
N’cn doutez point, seigneur, il fut votre soutien :
Lui seul mit à vos pieds le Parthe et l’Indien,
Dissipa devant vous les innombrables Scythes,
Et renferma les mers dans vos vastes limites :
Lui seul aux yeux d’un Juif découvrit le desseinDe deux traîtres tout prêts à vous percer le sein.Hélas! ce Juif jadis m’adopta pour sa tille.
ASSUÉRIS.
Mardochée ?
ESTIIER.
Il restait seul de notre famille.
Mon père était son frère. 11 descend comme moiDu sang infortuné de notre premier roi.
Plein d’une juste horreur pour un Amalécite,
Race que notre Dieu de sa bouche a maudite,
11 n’a devant Aman pu fléchir les genoux,
Ni lui rendre un honneur qu’il ne croit dû qu’à vous.
De là contre les Juifs et contre Mardochée
Cette haine, seigneur, sous d’autres noms cachée.
En vain de vos bienfaits Mardochée est paré :
A la porte d’Aman est déjà préparél)’un infâme trépas l’instrument exécrable ;
Dans une heure au plus tard ce vieillard vénérableDes portes du palais par son ordre arraché,
Couvert de votre pourpre, y doit être attaché.
ASStÉRCS.
Quel jour mêlé d’horreur vient effrayer mon âme !Tout mon sang de colère et de honte s’enllamme.J’étais donc le jouet... Ciel, daigne m’éclairer !