CHATEAUBRIAND.
il
génie : il dérobait quelque pleur involontaire. Tantôtson œil se rouvrait avec la flamme du jeune aigle, etce regard humide et enivré jouait dans le soleil, dontquelque rayon, à travers le bleu des franges, le pour-suivait obstinément. Et cette noble tête se détachantainsi derrière le lecteur dans la bordure du tableau deCorinne, tableau un peu trop rapproché de nous, je medisais: «Enfant, de tels fonds ont surmonté longtempset dominé nos rêves. Staël ! Chateaubriand ! les voilàdevant nous, l’une aussi présente, l’autre aussi dévoiléqu’ils peuvent l’être, unis tous les deux sous l’amitiévigilante d’un même cœur. Entrons bien dans cettepensée. Respirons, respirons sans mélange la poésie deces pages où l’intimité s’exhale à travers l’éclat. Em-brassons, étreignons en nous ces rares moments, pourqu’après qu’ils auront fui, ils augmentent encore deperspective, pour qu’ils dilatent d’une lumière magni-fique et sacrée le souvenir. Cour de Ferrare , jardinsdes Médicis, forêt de pins de Ravenne où fut Byron,tous lieux où se sont groupés des génies, des affectionset des gloires, tous Édens mortels que la jeune posté-rité exagère toujours un peu et qu’elle adore, faut-iltant vous envier? et n’enviera-t-on pas un jour ceci? »C’est vers 1800 que M. de Chateaubriand entra dupremier pas dans la gloire. Rien de lui n’était connujusque-là; l'Essai sur les Révolutions, publié en An-gleterre, n’avait nullement pénétré en France ; quelquesarticles du Mercure et les promesses de M. de Fontanesprésageaient depuis plusieurs mois aux personnesattentives un talent nouveau, quand le Génie du Chris-