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PORTRAITS CONTEMPORAINS.
deux se rencontrent dans l’idée du siècle, dans la répu-blique future, et ils se tendent la main.
Cette idée de noblesse et d’antique naissance est sur-tout nécessaire pour expliquer le caractère et la phy-sionomie du père de M. de Chateaubriand, de l’hommeardent, rigoureux, opiniâtre, magnanime et de génie àsa manière, dont toute la vie se passe à vouloir releverson nom et sa famille ; espèce de Jean-Antoine de Mira-beau dans son âpre baronnie. 11 faut voir le portraitineffaçable de ce père dur et révéré, au nez aquilin, àla lèvre pâle et mince, aux yeux enfoncés et pers ouglauques comme ceux des lions ou des anciens barbares.Son silence redouté, sa tristesse profonde et morne,ses brusques emportements, et le rond de sa prunellequi se détache comme une balle enflammée dans lacolère, puis sa mise imposante et bizarre, la grandeurde ses manières, sa politesse seigneuriale avec ses hôtesquand il les reçoit tête nue, par la bise ou par la pluie,du haut de son perron, comme tout cela est marqué !quelle touche à la fois fidèle et pieuse en son exacti-tude austère ! Si le vieillard revivait, s’il se voyait ainsiretracé et immortel, comme on sent qu’il se reconnaî-trait ! comme il s’enorgueillirait de sa propre vue et deson aspect inexorable ! comme il se saurait gré de sarace! comme il bénirait ce fils dont il a contristé lajeunesse, et verserait sur lui une de ces rares larmesque sa joue sèche avait si vite dévorées !
A côté de cette haute figure, vient la mère de M. deChateaubriand, fille d’une ancienne élève de Saint-Cyr,et sachant elle-même par cœur tout Cyrus. Femme