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Portraits contemporains / par C.-A. Sainte-Beuve
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M. B ALLAN C HE.

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Pauvres hommes, infirmes dans vos grandeurs;grands parce que vous êtes infirmes, et infirmes parceque vous êtes grands! philosophes ou poètes, penseursou chantres, ne vous mettez pas les uns au-dessus desautres, ne vous exceptez pas, ne vous vantez pas ! Jelis dans un témoin oculaire quaprès la confection decette machine arithmétique si bien montée et qui luicoûta tant dapplication et defforts, Pascal eut lui-même la tête presque démontée pendant trois ans.Newton au milieu de lâge ressentit, pendant des an-nées, ce quil appelait son embrouillement de cerveau. Adéfaut de dérangements physiques, ce sont les dou-leurs morales qui arrivent comme une condition de lahaute pensée, du sentiment profond et du génie. Pourpeu quon chante, cest parce quon a pleuré. Des fibressaignantes furent à lorigine les premières cordes dela lyre; elles seront encore les dernières. Cest parceque la statue de Memnon était brisée, quelle rendaitun son à laurore.

M. Ballanche a peint plus tard, au début de la Visiond'Hèbal, son état psychologique en cette douloureuseconvalescence : « Des souffrances vives et continuellesavaient rempli toute la première partie de sa vie. Desaccidents nerveux dun genre très-extraordinaire avaientproduit en lui les phénomènes les plus singuliers dusomnambulisme et de la catalepsie.... Plus dune foisil eut de ces hallucinations qui restituent un instant la^forine et lexistence à des personnes dont on pleure lamort, ou qui rendent présentes celles dont on regrettelabsence.... » Cest ainsi quayant perdu sa mère en