M. BALLANCHE.
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Vision d’Hèbal où le prisme poétique réfracte pourtantchaque idée. Dans tout autre résumé, même dans lespages si nettement lucides de M. Damiron, il manquel’atmosphère où baignent ces idées qui ne sont quel-quefois que des sentiments, il manque toute une por-tion, intraduisible en langue abstraite, de leur profon-deur, de leurs horizons, de leur lumière ou de leurcrépuscule, en un mot de leur vie. Sachons donc con-sentir à voir dans M. Ballanche un philosophe non di-dactique, qui nous introduit à travers des enceintescompliquées et par détours gracieux ou obscurs jusqu’àun sanctuaire profond : le poëme d ’Antigone est commeune symphonie attrayante que nous avons entendue auparvis.
L’Essai sur les Institutions sociales exprimait la théo-rie fondamentale du langage, selon M. Ballanche. Plustard, en 1825, il retrouva dans une malle, à Lyon, devieux papiers oubliés où cette théorie était déjà ébau-chée en entier; ce travail ancien, qui le frappa commeune découverte, se rapportait probablement à l’époquede sa jeunesse où il avait ténté une réfutation duContrat Social : tant il y avait eu antériorité instinc-tive et prédestination, pour ainsi dire, dans les idéesde M. Ballanche, tant cette théorie, capitale dans sonœuvre, était née en quelque sorte avec lui ! La questionde l’origine de la société se ramène exactement à cellede l’origine du langage. En voyant aux prises les deuxpartis acharnés, les libéraux et les ultra-royalistes,chacun croyant à son droit et pouvant produire égale-ment des hommes de vertu et d’intelligence, M. Bal-
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