M nle DESBORDES-VALMORE. 135
Volontiers aussi notre tendre élégiaque, les mainslevées au ciel, se fût écriée en sa naïve démence, avecune autre âme aimante, une autre muse voilée, sœurde la sienne (1), et dont l’écho seul m’a, par hasard,apporté la voix :
Secrets du cœur, vaste et profond abîme,
Qui n’a pitié ne connaît rien de vous! '
Juste est la peine au front de la victime,
Sage est le sage, et le vainqueur sublime :
Que reste-t-il à qui pleure à genoux?
La Religieuse portugaise, si elle avait chanté, auraitde ces accents-là.
Moins poignantes que certaines élégies, les joliesromances de M me Valmore coururent, volèrent du pre-mier jour sur toutes les lèvres de quinze ans, grâceaussi à la musique des plus grands ou des plus aima-bles compositeurs d’alors : Garat, Paër, en notèrentquelques-unes ; mais surtout M me Pauline Duchambge,née tout exprès, y trouva ses airs les plus agréables,les plus chers au cœur et les mieux assortis. Au reste,comme pour tous les succès un peu populaires en cegenre, les choses ont vécu plus que les noms. Ces déli-cieuses romances Douce chimère, et Vous souvient-il decette jeune amie ? qui réveillent, pour la générationd’alors, les plus frais parfums de jeunesse et fontnaître une larme en ressouvenir des printemps, sontencore sues de bien des mémoires fidèles ; on a oubliéqu’on les doit à M ,ue Valmore.
1) M lu ' Caroline Olivier, de Lausanne.