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PORTRAITS CONTEMPORAINS.
dénuée encore que je n’ai pu t’écrire plus tôt, ne pouvant mêmeaffranchir ma lettre. Tu vois, mon ami, que l’attente d’une placeà présent est comme une maladie étouffante. Cependant nous avonsquelque espérance : mais si notre bon père et maman peuvent voird’où ils sont ce que souffrent leurs enfants, je les plains, nousaimant toujours comme ils nous ont aimés ! Ce sont là des idéesbien tristes; bien consolantes aussi pourtant; car la plus doulou-reuse de toutes serait de penser que nous ne sommes plus rienpour ceux que nous pleurons toujours...
« Je cherche quelque soulagement dans le travail. Mais écrirequoi que ce soit m’est impossible, car toutes mes idées retournentvers ma bien-aimée Inès, mon adorable fille absente.
« J’étudie, je tâche d’étudier, de joindre l’espagnol à la langueanglaise que je sais tolérablement. L’espaghol me plaît par l’idéeque notre famille en sort du côté de la mère de papa. Qu’en crois-tu, mon ami? Mon oncle n’avait-il pas en effet une figure toutespagnole? Notre bonne grand’inère aussi, que je me rappelle avectant d’amour quand nous allions la voir ensemble?
« J’ai aussi tous les souvenirs de ton séjour en Espagne et de saterrible conséquence, pauvre frère! Et tout cela me rend l’étudede l’espagnol plus intéressante qu’une autre, parce que je penseque tu as parlé cette langue dans ta jeunesse guerrière. »
Elle ennoblit tant qu’elle peut le passé de ce cher frèrepourje relever lui-même à ses propres yeux ; elle y versode la poésie comme sur toute chose, en croyant n’y mettreque du souvenir.
Cette idée d’une descendance espagnole sourit à son ima-gination ; elle n’en est pas bien certaine, mais elle tâchede se le persuader, et elle convie son frère à l’aider à ycroire :
» *
« Je me suis toujours sentie attirée vers l’étude de la langueespagnole, parce que Douai est tout rempli des vestiges do cettenation. — Nous-mêmes, je crois, mon bon frère, nous en sortonsdu côté de la mère de mon père. Félix, souviens-toi bien : il estimpossible que cette bonne graud’mère, et papa, et mon oncleConstant ( le peintre ), ne descendent pas de cette ligne dont lestraits sont si différents de la race vraie jlandre. »