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Portraits contemporains / par C.-A. Sainte-Beuve
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PORTRAITS CONTEMPORAINS.

gueil l’égare; l’envie de toute supériorité l’ulcère; ilrepousse ses joyeux compagnons et la vie simple; ilincendie en un jour de frénésie sa chaumière natale,rencontre un palatin avec sa maîtresse en croupe, dansune gorge étroite, se prend de querelle, tue l’un et em-mène l’autre, délaissant sa douce fiancée d’enfance, lapure Déidamia. En proie au jeu, à la débauche, à l’épui-sement aux bras de l’impure Belcolore, il s’en arrachepour les aventures de la guerre. Victorieux capitaine dehussards, il fait le mort un jour, et simule son enter-rement pour assister lui-même à sa renommée. Las detoutes choses, l’image de sa fraîche Déidamia le pour-suit cependant; un bouquet d’églantine, qu’elle lui ajeté au départ, ne l’a jamais quitté; il la revoit, il veutredevenir bon, simple, frapper sur l’épaule à tous voi-sins, et reprendre la vie de gai chasseur. Un baiser, lepremier qu’il ait donné à sa Mamctte, comme il appelleDéidamia, va lui être rendu. Mais Belcolore, l’impureacharnée, cette Sirène au beau corps, à Vépaule charnue,

A la gorge superbe et.toujours demi-nue,

Sous ses cheveux plaqués le front stupide et fier,

Avec ses deux grands yeux qui sont d’un noir d’enfer,

Belcolore, le brutal génie des sens, la volupté meur-rtrière, a suivi Frank; elle s’est glissée sur le seuil nup-tial, et entre le chaste baiser donné, et pas encorerendu (1), elle trouve place pour un poignard au cœurinnocent de Déidamia :

(I) C’est de là que vient ce titre la Coupe et les Lèvres; il y avaitchez les Grecs un vers devenu proverbe :