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Portraits contemporains / par C.-A. Sainte-Beuve
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M. ALFRED DE MUSSET.

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et toutes brillantes de pourpre et de perles ; ce sontdes traits de naturelle peinture qui permettraient sansdoute de trouver en cet épisode la matière dune com-paraison, souvent heureuse, avec Manon Lescaut ouAdolphe, si une idée simple et un goût harmonieuxavaient ici ménagé lensemble, comme dans ces deuxchefs-dœuvre. Lavant-dernier chapitre de cette troi-sième partie, Si jétais joaillier, etc., est dune exquiseet irréprochable volupté ; le dernier a quelques motsmystiques que je voudrais retrancher; on peut le com-parer à un chapitre d 'Adolphe, qui est aussi tout enexclamations passionnées , et à denivrantes pagesdOberman. Cette fin replonge et retrempe lâme dansles plus fraîches émotions de la jeunesse; vous avezsenti par une tiède brise de mai la première bouffée delilas.

Je me figure que si le livre de M. de Musset sarrê-tait à cet endroit, si sa Confession expirait, en quelquesorte, en sexhalant dans cet hymne triomphal et tendre,il aurait bien plus fait pour le but quil semble sêtreproposé que par tout ce quil a mis ensuite. Que peut-il vouloir en effet? faire toucher du doigt à dautresjeunes gens la plaie du libertinage, leur en indiqueraussi la guérison. Or, à vingt et un ans, laustéritédune fin purement religieuse étant écartée, il ny a deguérison à ce vice que dans lamour. Si lamour appelévertueux, lamour dans lordre et le mariage, lui pa-raissait peu favorable à son cadre de roman, sil voulaitlamour libre et sans engagements consacrés, eh bien,cétait une conclusion encore satisfaisante et noble,